Ils ont été des derniers titres et montées du Stade Montois : Laurent Monbeig, Jérôme Dhien et Baptiste Chedal-Bornu livrent leur regard sur la situation du club avant le barrage à Nice, le 31 mai, pour ne pas descendre en Nationale. Trois voix au bout du fil, mais une même passion sincère qui transpire pour le Stade Montois. La situation n’est pourtant guère réjouissante, puisque le club disputera le 31 mai à Nice un barrage pour éviter de descendre en Nationale, le troisième niveau du rugby français, qu’il n’a plus fréquenté depuis 1998.
Une époque dorée révolue
Cette année-là, les Stadistes avaient terminé champions, menés par leur capitaine Laurent Monbeig. « Ça fait mal au cœur jaune et noir », confie l’ancien troisième ligne, toujours installé dans sa ville d’adoption, à propos de la situation du club. Le sentiment est le même chez Jérôme Dhien : « Je suis un peu triste, ça fait quatre/cinq ans que c’est moins bien, que les résultats sont moins là, c’est très dur de les voir en bas », confie celui qui a passé près de dix ans au club et vécu deux montées dans l’élite, en 2008 et 2012.
Des moyens limités face à un écosystème qui évolue
Cela dit, les deux hommes sont conscients d’avoir vécu une époque dorée et que le contexte est totalement différent. « Si on regarde les budgets, on est plutôt au milieu qu’en haut, rappelle Jérôme Dhien. Le Stade Montois a toujours été en surrégime, mais entre sixième et dixième, c’est sa place. Avec ça, parfois on accroche le haut, et parfois on est accrochés par le bas. »
Barragiste, « ce n’est pas une place logique, mais qui peut s’expliquer, estime Laurent Monbeig. Financièrement, on ne peut pas lutter, il y a des joueurs qu’on ne peut pas attirer et, quand on additionne le fait que l’on sort un peu moins de jeunes de notre centre de formation, avec des adversaires de plus en plus forts, c’est difficile de lutter, résume-t-il, pointant l’erreur, peut-être, de ne pas avoir concentré les efforts de recrutement sur des postes clés (pilier droit, n°5).
« Est-ce le club qui décline, ou le niveau qui monte ? », interroge de son côté Baptiste Chedal-Bornu, jaune et noir de 2007 à 2017. « Quand je suis arrivé, le club n’avait rien à voir, rappelle-t-il. Aujourd’hui, il y a un stade fantastique, il y a eu quatre finales jouées, des demies, le club s’est structuré, mais l’écosystème bouge très vite, ce qui rend la tâche difficile quand on a des moyens limités. Taper sur le club et les joueurs, c’est ne pas prendre en compte le contexte du rugby. Je ne peux pas être sévère, sachant qu’il y a quand même les ressources pour se maintenir. »
Un optimisme prudent avant le barrage
Les dirigeants ne pourront pas s’exonérer d’un devoir d’inventaire, car on ne glisse pas sans raison, en quatre ans, d’une saison historique en Pro D2 à un match de barrage pour la relégation. Il faudra être lucide et ne pas se tromper, mais ce temps n’est pas venu, car il y a d’abord ce match à Nice à gagner pour s’éviter des ennuis plus sérieux encore.
Faut-il trembler pour le Stade Montois ? « Trois mois en arrière, j’aurais été moins à l’aise pour répondre, vu leurs prestations, sourit Laurent Monbeig. Mais là, des joueurs sont revenus, on n’est pas trop mal en mêlée et en touche. Je pense qu’on a un petit avantage sur Nice en termes de niveau. Je suis assez optimiste, même si un fait de jeu peut toujours arriver. »
Jouer son destin sur un match, c’est en effet se retrouver à la merci du moindre aléa… « Il n’y a pas de “normalement” dans un match comme ça », rappelle Jérôme Dhien, qui se veut méfiant, convoquant le souvenir de rendez-vous décisifs que le Stade Montois abordait plutôt dans la peau de l’équipe qui n’avait rien à perdre, comme lors du triomphe face au Racing en 2008.
« On était sans pression, c’était plus facile. Là, on va l’aborder avec l’obligation de gagner : est-ce qu’on est armés pour cela ? Ça fait longtemps que le Stade Montois n’a pas joué de match qu’il devait absolument gagner, si ce n’est celui contre Dax récemment, qui ne s’est pas passé comme prévu (défaite 21-35 à domicile en avril, NDLR) », rappelle l’ancien troisième ligne, qui reste tout de même positif. « Il faut être vigilant, mais je crois en ce groupe, les joueurs et le staff sont concernés et ils savent ce qu’ils font. Il faut rassembler le positif, se dire “on est capables, on sait faire, on va le faire”. »
Une approche mentale cruciale
L’approche mentale de ce barrage sera d’ailleurs essentielle, Baptiste Chedal-Bornu en est convaincu. « Le message, c’est que c’est comme une finale, c’est un match historique pour le club, lance en bon manager celui qui gère désormais deux hôtels, à Pau et Mont-de-Marsan. Même si cette saison a été difficile, ils peuvent la rendre belle et avoir la chance de vivre des moments de joie, de liesse. Donc il faut essayer d’avoir de la fraîcheur, de l’optimisme, se dire qu’ils vivront un grand moment s’ils sauvent la place du club en Pro D2. »
Et si, à l’image de ce qu’a vécu récemment Montauban, ce barrage servait de socle à une entreprise de reconstruction ? Si les Montois ne coulent pas définitivement à Nice, ce match couperet sera peut-être en effet le coup de pied au fond de la piscine dont ils avaient besoin pour sortir la tête de l’eau. Réponse le 31 mai en début d’après-midi.



