Roland-Garros : les joueurs limitent leurs interviews pour réclamer 30 millions €
Roland-Garros : bras de fer sur les dotations

À deux jours du début de Roland-Garros, les meilleurs joueurs et joueuses mondiaux ont décidé ce vendredi 22 mai de limiter leurs entretiens avec les médias à quinze minutes. Ce mouvement vise à porter de 15 % à 22 % la part des revenus du tournoi versée aux athlètes, réclamant 30 millions d’euros supplémentaires à la Fédération française de tennis (FFT).

Un mécontentement croissant

Le mécontentement des stars du tennis, qui réclament une plus grande part des revenus générés par les tournois du Grand Chelem, rappelle la complexité de l’écosystème financier du tennis, un sport à la gouvernance éclatée. Le mouvement de protestation, moins extrême que la menace d’un boycott agitée début mai, marque néanmoins un nouveau durcissement du dialogue entre joueurs et organisateurs.

Des dotations jugées insuffisantes

Les joueurs veulent augmenter leur dotation, actuellement fixée à 61,7 millions d’euros, soit environ 15 % du total que rapporte Roland-Garros à la FFT. Ce pourcentage est similaire à celui reversé par les autres tournois du Grand Chelem (Open d’Australie, Wimbledon et US Open). Mais les joueurs souhaiteraient le faire grimper à 22 %, à l’image du pourcentage versé par les organisateurs des tournois combinés WTA 1000/Masters 1000 (Indian Wells, Miami, Madrid, Rome et Cincinnati). Si ce ratio était appliqué cette année, ce seraient près de 30 millions d’euros supplémentaires qui reviendraient dans les poches des joueurs.

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Un jeu à somme nulle ?

Selon l’économiste Christophe Lepetit, responsable des études économiques au Centre de droit et d’économie du sport (CDES), « ça serait quelque part un jeu à somme nulle ». Il explique que si les organisateurs décidaient de reverser plus aux joueurs, cela viendrait forcément au détriment de ce qui est reversé pour le développement du tennis en France, une des missions de la FFT.

Comparaison avec le modèle américain

Plusieurs stars du tennis impliquées dans le mouvement ont dressé des parallèles avec les ligues nord-américaines (NFL, NBA, NHL), où des grèves ont abouti à un pourcentage proche de 50 % de recettes reversées aux joueurs. Comparativement, 15 % « paraît assez peu », juge Antoine Feuillet, enseignant en management du sport à l’université Paris-Saclay. Il souligne que les joueurs ont leur mot à dire, car ce sont eux qui créent la valeur et font le spectacle. Sans les stars, la capacité des organisateurs à vendre le tournoi, à attirer des sponsors et à remplir les stades serait limitée.

Un manque de cadre clair

Contrairement au sport nord-américain, structuré autour de négociations collectives régulières, le tennis mondial manque d’un cadre clair pour faciliter la sortie de crise. La gouvernance est éclatée entre les organisateurs des quatre Grand Chelem, la Fédération internationale (ITF) qui gère la Coupe Davis et la BJK Cup, et les circuits privés ATP et WTA. À cette pluralité d’interlocuteurs s’ajoute le flou entourant la représentation des joueurs professionnels. Le syndicat PTPA, cofondé par Novak Djokovic en 2020, a été secoué par le départ de la star serbe et fait régulièrement l’objet de critiques pour son manque de représentativité.

Le poids des contrats d’image

Les revenus des joueurs ne se composent pas exclusivement des dotations financières, mais aussi des revenus tirés de leurs contrats de sponsoring. Forbes a calculé que l’extrasportif représentait environ 70 % des 48 millions de dollars touchés par le tennisman le mieux payé du monde entre août 2024 et août 2025, Carlos Alcaraz. Le ratio est similaire pour la joueuse la mieux payée, Coco Gauff. Dans les sports individuels à forte médiatisation comme le golf, le tennis ou la Formule 1, « les revenus de l’activité sportive liés aux performances sportives sont souvent proportionnellement moins importants que les revenus liés aux contrats d’image », confirme Christophe Lepetit. Mais le constat est moins vrai pour les joueurs les moins bien classés, moins attractifs pour les sponsors et donc plus dépendants des dotations financières des tournois.

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