Joan Caudullo n'est pas seulement l'entraîneur principal de Montpellier. À la tête d'une équipe qui occupe la troisième place du Top 14, à la veille de se déplacer à Bordeaux, il incarne un changement politique initié par son président Mohed Altrad. Lassé par des échecs que n'a pas suffi à occulter le Brennus brandi en 2022, Altrad a décidé de « Montpelliériser son staff » à l'été 2024. Originaire de Jacou, pur produit du MHR, en charge du centre de formation montpelliérain avant de prendre en charge les avants de l'équipe première lors de la saison 2022-2023, Joan Caudullo coche effectivement de nombreuses cases.
Cette labellisation très héraultaise a pourtant un défaut : elle passe sous silence l'impact de son passage au Stade Montois. Un club que le technicien avait rejoint en 2012 lorsqu'il était encore un talonneur et où il a connu ses premières expériences en tant qu'entraîneur dans le monde professionnel. Joan Caudullo avait déjà cette fibre avant de s'aventurer dans les Landes. « J'entraîne depuis l'âge de 20 ans, retrace-t-il. Je l'ai fait avec les universitaires à Montpellier ou avec les jeunes de Jacou. Très rapidement, j'ai passé mon brevet d'État. » Leader dans l'âme, il avait une appétence pour le jeu avant même d'envisager d'en faire son métier après sa carrière.
Un joueur passionné par le jeu
« Joueur, Joan était très intéressé par le jeu. On sentait qu'il avait cette fibre et cette réflexion. Il avait d'ailleurs été très marqué par Fabien Galthié lorsqu'il était à Montpellier », prolonge Julien Tastet, son partenaire à l'époque, désormais en charge des avants au Castres Olympique. Dans l'Hérault, la relation avec l'actuel sélectionneur du XV de France n'a pourtant pas été florissante : c'est ce dernier qui l'a incité à quitter son club de cœur. Joan Caudullo semble toutefois avoir préféré garder le meilleur de cette collaboration plutôt que de la rancœur. « On avait beaucoup parlé des systèmes de Galthié », se souvient Julien Tastet. « Qu'il s'agisse des différents systèmes de jeu ou de la redistribution des joueurs. » « Quand je l'ai eu, j'ai eu envie de faire de la stratégie, de l'humain », abonde Joan Caudullo. « C'est un mec qui m'a marqué, mais il y en a eu d'autres : Didier Nourault à Montpellier, Christophe Laussucq et David Auradou à Mont-de-Marsan… »
Premiers pas montois
Les prédispositions étaient évidentes. Elles n'ont pas échappé à ses entraîneurs dans les Landes. « On avait proposé aux joueurs de s'investir sur le mode du volontariat le mercredi, qui était notre journée off », raconte David Auradou, en charge des avants au Stade Montois à l'époque. « Joan s'est notamment occupé des talonneurs en minimes, en cadets et en juniors. Il leur faisait travailler plein de trucs, dont les lancers. » « On avait pas mal de liberté », se souvient Julien Tastet qui a lui aussi saisi l'opportunité à l'époque. « On faisait déjà partie des leaders au sein de l'équipe, mais ça nous a poussés à aller plus loin dans la réflexion. On a enrichi notre QI rugby. »
L'expérience semble avoir plu à Joan Caudullo. Suffisamment en tout cas pour le pousser à raccrocher les crampons un an avant la fin de son contrat, en 2017, pour prendre en main le centre de formation du Stade Montois. « C'est là qu'on s'est vraiment rendu compte qu'il était fait pour cela », témoigne Julien Tastet. « Il a fait un très gros travail sur le développement des joueurs. Il était très pointilleux, très minutieux. » C'est sous son mandat qu'ont percé les Léo Banos (Toulouse), Alexandre Bécognée (MHR) ou encore Léo Coly (MHR). La suite de sa carrière s'est rapidement écrite sous d'autres cieux. Son DES (diplôme d'État supérieur) en poche, il est reparti à Montpellier pour s'occuper de la formation.
Un manager droit dans ses bottes
Le Joan Caudullo d'aujourd'hui est bien différent de celui qui animait ses premières séances dans les Landes. « Il n'est plus entraîneur, il est manager ! », souligne David Auradou. « On a le droit de se tromper quand on fait ce métier. Mais ce qui importe, c'est de rester droit dans ses bottes. » « J'ai découvert un passionné de rugby », observe de son côté Bernard Laporte, directeur du rugby à Montpellier. Ceux qui l'ont côtoyé dans les Landes estiment cependant que l'ancien talonneur perce toujours derrière l'actuel entraîneur. « Je reconnais le joueur dans le jeu de Montpellier », assure Julien Tastet. « Il accorde beaucoup d'importance aux repères communs et à un cadre bien précis. » Cela va même au-delà des simples préceptes de jeu, affirme Joan Caudullo : « Montpellier, c'est mon club. Mais mon club de cœur, c'est Mont-de-Marsan. C'est là-bas qu'on m'a donné l'occasion de basculer. »



