La renaissance de Gailleton : instinct, discipline et quête de pression
Gailleton : instinct, discipline et quête de pression

L'international français, auteur de quatre essais lors des quatre derniers matchs, a retrouvé une forme optimale. Le fruit d'une demi-frustration digérée en Bleu, d'une évolution dans sa méthodologie de travail, et d'un besoin constant de rester sous pression.

Une saison aboutie

Vivez-vous la meilleure saison de votre carrière ? Oui. Collectivement, avec la Section, où on s'est maintenus dans le top 6 toute la saison, et il reste encore beaucoup à écrire. Et puis je remporte le Six-Nations avec l'équipe de France : je ne joue que deux matchs, mais ce sont deux gros matchs en termes de temps de jeu. Je suis quand même content.

« En tant que compétiteur, j'aspire à plus, je vois Théo (Attissogbe) qui a brillé, qui a joué toutes les minutes du Tournoi, c'est un exemple pour moi »

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« Quand même » ? Il y a ces deux rencontres et cette feuille de match face à l'Angleterre, même si je ne rentre pas. Il y a aussi un titre à la clé, qu'il ne faut pas banaliser, mais je suis mitigé. En tant que compétiteur, j'aspire à plus, je vois Théo (Attissogbe) qui a brillé, qui a joué toutes les minutes du Tournoi, c'est un exemple pour moi.

Le passage du vert au bleu

Comment vous conditionnez-vous mentalement à passer du vert au bleu, ou du bleu au vert ? Le rugby du Top 14 ou de l'équipe de France est très similaire. Alors certes, tout va un peu plus vite avec « le XV », c'est un plus précis techniquement, il y a plus de talent. Mais au final, c'est le même sport. Ce qui m'aide, aussi, en équipe de France, c'est d'être accompagné de plusieurs Palois. J'étais beaucoup plus à l'aise pour monter à Marcoussis avec les copains.

Fabien Galthié et Sébastien Piqueronies attendent-ils la même chose de vous ? Oui, globalement, il faut que je sois bon sur ma couverture de terrain, puisque les déplacements sont mon point fort. Après, on me demande d'être beaucoup plus décisif, créatif, en attaque. De ce point de vue et en ce moment, je coche les cases. Maintenant, il faut que je sois très fort sur la défense d'homme à homme. Je peux encore l'améliorer.

La créativité dans le jeu déstructuré

Comment travailler cet instinct, cette créativité dans le jeu déstructuré ? J'ai un profil assez léger et plutôt rapide, et je suis plus un joueur d'espaces que d'affrontement. Face à une défense placée, je vais être un peu plus en difficulté, mais dès qu'il y a un ballon de turnover ou un peu de champ… Sur les derniers matchs, ça m'a mis un peu plus en lumière, mais ça se complique dès que les défenses sont plus fermées.

Comment anticiper l'imprévisibilité du jeu déstructuré, dans lequel vous brillez ? À force de jouer. Cette année, à la Section, on s'y entraîne beaucoup plus. Le mardi, on fait du « ball in play », cela consiste à reproduire des situations de jeu dans le désordre, d'être un peu moins cadré dans un plan.

Les détails qui font la différence

Sur vos dernières performances, à l'image de ces quatre essais en quatre matchs, vous réalisez des « breaks » plus francs. Travaillez-vous ce genre d'action qui se voit, ces exploits individuels ? Pas du tout. Je ne me concentre que sur des détails, comme le raffut que je ne sortais jamais avant, et que j'ai utilisé sur mes deux derniers essais. Cela fait partie de ce qu'on appelle ici « le 1 % » Gailleton, récompensé du béret d'homme du match à l'issue de la victoire face au CO (27-15).

« Le 1 % » ? Cela a été mis en place cette saison seulement. Ce sont de petits ateliers de 7-8 minutes où on se focalise sur un geste technique, comme le raffut, le offload, le cadrage débordement… Cela nous permet de multiplier les situations en semaine sans trop avoir de charge en plus.

Pourquoi n'utilisiez-vous pas le raffut ? C'est juste mental, cela ne faisait pas partie de mon bagage. L'idée a toujours été de m'éloigner du défenseur. Mais quand tu n'as pas le choix, le raffut peut être une bonne option.

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Équilibre entre discipline et instinct

Vous accordez une importance capitale à votre méthodologie préparatoire. Évolue-t-elle avec le temps ? J'essaie de trouver un meilleur équilibre entre ce côté très cadré et mon instinct. Je suis parfois tombé dans l'excès en voulant tout planifier, en me stressant, même si ça a aussi fait ma force. Mais au final, tu perds un peu en termes de fougue, d'énergie, et donc d'instinct. J'essaye toujours de m'appuyer sur ma discipline tout en me libérant plus.

Cette discipline est-elle obligatoire lorsqu'on conjugue le rugby et les études ? Je termine ma 2e et dernière année de Master en Staps, et ce qui est drôle, c'est que sur ces 3-4 dernières semaines, j'ai été et suis encore très sollicité pour rendre les différents rapports de stage, le mémoire, sachant qu'il y a aussi les derniers partiels. J'étais un peu sous cette pression entre le rugby et les cours, il fallait charbonner. Et au final, ça m'a aidé à être beaucoup plus vigilant, en alerte sur le terrain. Je l'ai vraiment « tilté » ce mois-ci. Alors bien sûr, c'est compliqué à tenir sur le long terme, mais l'an prochain, il va falloir trouver une occupation qui me mette sous pression.

Vous qui aimez la peinture ou la musique, renouerez-vous avec ces passions ? Je vais me remettre à la guitare, à la basse… et on verra ensuite pour le chant. Ce n'est vraiment pas mon point fort (rires), mais c'est quelque chose de très culturel ici. Plus globalement, je veux encore plus m'imprégner de cette identité béarnaise. Je vais entamer ma 5e année ici, je pense commencer à apprendre la langue.

Le rôle de capitaine

Vous êtes vice-capitaine et avez été promu capitaine face à Castres (27-15). Est-ce un rôle qui vous plaît ? Oui et non. Ce n'est pas facile à gérer, je n'ai gagné que deux fois en tant que capitaine. Cela ne m'a pas toujours réussi. Je ne suis pas très à l'aise dans tout ce qui est discours, je dois donc sortir de ma zone de confort. Je l'accepte parce que je trouve ça très honorable, et très important, aussi, dans une carrière de joueur. Mais il faut quand même assurer et ce n'est pas facile. J'ai encore beaucoup à apprendre.

Qu'est-ce qui est le plus compliqué ? Ma position est souvent éloignée du ballon. Cela complique la relation avec l'arbitre durant le match. Il va falloir que je sois meilleur là-dessus en fluidifiant les choses plutôt qu'en le harcelant de questions.

Vous mettez-vous la pression pour trouver les bons mots envers l'équipe ? Vous avez un peu raison, ce n'est vraiment pas mon fort. Je ne suis pas à l'aise sur tout ce qui est éloquence, donc trouver le bon mot, la bonne cadence quand tu parles, ce n'est pas évident. C'est un domaine où je peux progresser. Je suis quand même content quand je ne suis pas capitaine, cela me permet vraiment de me concentrer sur mon job.