Génie créatif et maître à jouer de Bath, l’ouvreur écossais Finn Russell chasse toujours sa première Champions Cup, dont il disputera les demi-finales dimanche face à Bordeaux-Bègles. Avec un accent à couper au couteau dès que le débit s’accélère, le ton détendu et le sourire facile, Finn Russell est exactement comme on se l’imagine en interview. Avant la demi-finale de Champions Cup sur le terrain de l’Union Bordeaux-Bègles, dimanche à 16 heures, l’ouvreur écossais de Bath, où il vit sa troisième saison, a répondu à quelques médias français. L’occasion d’évoquer ce rendez-vous, sa vie dans cette petite ville du sud-ouest de l’Angleterre, et son plaisir permanent de jouer au rugby.
Un match spectaculaire en perspective
Interrogé sur le potentiel spectacle de la rencontre, Russell a affirmé : « Oui, je pense. Bordeaux a marqué beaucoup de points lors de ses derniers matchs, nous aussi même si on s’est retrouvés menés contre Northampton (43-41) et les Saracens (31-22) et qu’on a dû batailler pour revenir. » Il a ajouté : « Je n’ai jamais joué dans le stade de football de Bordeaux, le temps sera correct. Même si nous sommes une équipe offensive, il faut trouver le bon équilibre en attaquant sans surjouer, surtout contre Bordeaux. Ils sont probablement les meilleurs au monde sur les turnovers avec leur jeu au pied pour renvoyer le jeu dans ton dos et marquer. On jouera autant qu’on peut, mais en restant dans nos structures habituelles. »
Le duel avec Matthieu Jalibert
En face de lui, Russell retrouvera Matthieu Jalibert, qu’il qualifie de « joueur fantastique qui vit une magnifique saison ». Il explique : « Je parlais de la manière d’attaquer de Bordeaux, de la vitesse qu’ils mettent avec le ballon pour s’engouffrer dans le moindre intervalle qui s’offre à eux. Il a toute la liberté pour jouer des petits par-dessus pour lui-même. L’une de leurs grandes forces, ce sont les contre-attaques, donc au moindre jeu au pied raté ou au moindre turnover, il est l’un des premiers à mettre la main sur le ballon et à attaquer la ligne. On essaiera de le tenir éloigné le plus possible du ballon et de ne pas lui laisser de champ pour s’exprimer. »
L’influence de la victoire contre la France
Russell a également été interrogé sur l’impact de la victoire de l’Écosse contre la France lors du dernier Tournoi des Six-Nations : « Quand tu joues contre l’équipe de France, tu comprends mieux le style de jeu des clubs. Mais il y a beaucoup de joueurs de Toulouse parmi les Bleus, donc ça reste différent. Après, Jalibert, Moefana, Bielle-Biarrey… Ils sont tous dans le groupe. Par contre, il n’y avait pas Penaud. Et puis, Bordeaux a plein d’autres menaces, quand Big Ben (Tameifuna) sort du banc, ou quand Coleman met ta touche sous pression. C’est vraiment une équipe brillante. Même si on a battu la France, et que ça nous donne quelques indices, on affrontera une équipe différente. Et Bath n’est pas l’Écosse non plus. »
La pression et le plaisir du jeu
N’ayant jamais gagné la Champions Cup (une finale perdue en 2020 avec le Racing 92), Russell confie ressentir de la pression : « Il y a évidemment de la pression quand tu arrives en demi-finales, mais on doit jouer comme on le fait toutes les semaines. Il ne faut surtout pas se laisser dépasser par l’événement. Bordeaux a remporté ce trophée l’an dernier, ils savent à quoi s’attendre dans ce genre de rendez-vous. De notre côté, nous avons été champions d’Angleterre l’an dernier, on a gagné la Challenge Cup. On sait que ce sera un match énorme, l’enjeu qu’il y a derrière et comment on veut jouer. Pour ma part, je pense que c’est surtout très fun de jouer ce genre de matchs. C’est pour ça qu’on fait du rugby. Donc je garderai le sourire ce week-end, même avec plus de pression. »
L’équilibre entre spectacle et efficacité
Russell, connu pour son jeu risqué, explique comment il trouve le juste milieu : « J’aime toujours chercher les passes que les autres ne voient peut-être pas, mais en venant à Bath, j’ai appris un style de rugby différent, plus axé sur le contrôle et l’équilibre : quand chercher ces passes et quand rester dans la structure et le jeu au pied. Donc ce week-end, s’il y a une opportunité de faire “le spectacle”, je tenterai peut-être ma chance, mais si Bielle-Biarrey intercepte et marque, je ne pense pas que Johan (van Graan, manager de Bath) sera très heureux ! Mon style de jeu a changé depuis que je suis arrivé en Angleterre. Peut-être qu’avec l’âge (33 ans), je suis plus mature aussi… »
La vie à Bath
Russell se plaît à Bath, ville paisible : « Le mode de vie à Bath est agréable, beaucoup plus lent qu’à Paris. Mais maintenant, j’ai deux jeunes enfants, donc c’est probablement mieux (sourire). Quand je sors du rugby, je prends du temps pour ma famille, pour me détendre. Ça ne m’empêche pas d’être moi-même sur le terrain. Je suis en confiance avec ce staff, ces coéquipiers. J’adore être ici. Bon, peut-être que je retournerai à Paris pour un week-end de temps en temps, sans les enfants… »
Écossais sous maillot anglais
Être un Écossais jouant pour une équipe anglaise a ses particularités : « Déjà, c’est bien quand on bat les Anglais pendant le Tournoi ! Si on avait perdu ce match, je ne sais pas comment ça se serait passé ici… C’est très différent de jouer pour l’Écosse contre l’Angleterre que de jouer pour un club anglais. De toute façon, ma fille est née ici, donc je ne peux plus trop être contre les Anglais, malheureusement. »
Le Top 14 lui manque-t-il ?
Russell évoque le championnat français : « C’est un long championnat, chaque match est difficile. Bordeaux est en demi-finale de Champions Cup mais ils ont perdu contre Montpellier le week-end dernier et ils en sont déjà à dix défaites cette saison ! Mais j’ai adoré jouer en Top 14. J’ai hâte de revenir. Je suis sûr que le public essaiera de me déconcentrer quand je botterai, mais j’aimais ça quand j’étais là-bas. Après cinq ans au Racing, c’était la bonne décision de revenir ici, même si elle n’a pas été facile à prendre. La saison dernière était vraiment incroyable (triplé Premiership, Challenge Cup et Coupe d’Angleterre). Bien jouer et gagner des matchs, ça rend la vie plus facile et plus heureuse. »
L’avenir et la retraite
Sous contrat jusqu’en 2028, Russell ne pense pas encore à la retraite : « Les gens m’en parlent. J’aime toujours jouer, je suis performant, donc je n’y pense pas pour le moment. On verra à la fin de ce contrat, si je veux aller ailleurs ou rester ici. Je n’ai pas l’intention de prendre ma retraite avant un moment, mais je n’espère pas non plus jouer jusqu’à 45 ans. »



