Touché aux côtes à l’entraînement, Enzo Hervé est finalement forfait pour cette ultime journée de Top 14. Il ne prendra pas part à l’opposition ce samedi 6 juin à 21h05 entre Castres, son nouveau club, et Toulon, avec qui il a démarré la saison. Malgré tout, l’ouvreur a accepté de se confier sur sa nouvelle aventure dans le Tarn et sur son départ du RCT.
Un départ précipité vers Castres
« Ce match me tenait à cœur », confie Enzo Hervé, qui ne retrouvera pas ses anciens partenaires ce samedi soir. Prêté par le RCT à Castres jusqu’à la fin de saison, l’ouvreur est forfait en raison d’un pépin aux côtes. « Je l’avais coché depuis mon premier entraînement avec le CO, sourit-il. Non pas par rancœur, loin de là. C’est mon ancien club, j’ai commencé la saison avec ces mecs et ça aurait été une belle image de pouvoir finir contre eux. »
Fin septembre, il a quitté quelque peu précipitamment le RCT. Comment son départ en prêt vers Castres s’est-il organisé ? « Ce n’est pas un secret, il y avait déjà eu une discussion pour partir au Stade français pendant l’été, avec le possible échange avec Louis Carbonel. Mais à ce moment-là, je ne le sentais pas forcément très bien pour moi. Et puis finalement, lorsque Louis Le Brun s’est gravement blessé, Castres m’a appelé. Moi, ça m’intéressait. J’en ai parlé avec mon agent, qui a partagé mon souhait au club. Le week-end qui a suivi, Pierre Popelin s’est lui aussi blessé et ça a accéléré les choses. Ils m’ont demandé d’être là pour le début de semaine, si ça me disait. Donc oui, ça s’est fait rapidement. »
Pourquoi refuser le Stade français ?
« Déjà, j’étais persuadé que je pouvais gagner ma place à Toulon. Et puis, on était en fin de saison, je trouvais que c’était un peu rapide pour changer de club. On venait, avec ma compagne, d’avoir notre deuxième enfant. Même si au final, avec Castres, tout est aussi allé très vite, c’est vrai. Mais c’est surtout parce que j’ai compris qu’avec Toulon, ça allait être compliqué. »
Quant à savoir s’il se sentait moins intégré au projet : « Je ne sais pas. C’est difficile à dire, parce qu’on venait de commencer la saison. Mais c’est surtout que j’étais persuadé, au fond de moi, que Toulon n’allait pas vouloir me conserver l’année suivante, que j’allais peu jouer et que forcément, ça allait être bien plus difficile pour trouver un club derrière. »
Un départ sans adieux
A-t-il eu besoin de parler à son entraîneur ou à son président ? « Pour être honnête, non. J’ai eu le contact avec Castres le mercredi, j’en ai parlé avec mon agent jeudi et j’ai vu Pierre Mignoni avant que les mecs partent jouer à Bayonne. Après ça, mon agent a prévenu que je ne serais pas là en début de semaine, parce que j’allais à Castres. Je n’ai même pas pu vraiment dire au revoir à tout le monde. »
Des regrets ? « Oui, quand même. J’ai tissé des liens avec pas mal de monde à Toulon et je m’entendais avec pratiquement tous les gars de l’équipe. J’aurais voulu faire un dernier match avec eux, ou au moins les saluer et leur dire ce que je pensais. »
Un potentiel inexploité à Toulon ?
« C’est un peu mon ressenti. Mais il y a eu deux ou trois moments qui ont fait que ça ne s’est pas passé comme je l’aurais souhaité, ni comme je l’aurais mérité. D’abord quand j’ai enchaîné pas mal de matches sur ma première année et que d’un coup, il y a eu l’arrivée de Paolo Garbisi. On n’a pas trop compris pourquoi, alors que tout se passait bien. Je n’ai plus joué pendant plus de trois mois sans, là non plus, comprendre pourquoi. Sur ma première saison, j’ai disputé vingt matches. On m’a dit “À Brive, tu jouais moins”. Alors oui, c’est bien, mais quand on reprend le fil, qu’on voit que j’ai fait seize matches d’affilée et que, du jour au lendemain, je ne joue plus… C’est compliqué à gérer. »
La saison suivante, il a disputé 22 matches : « Sur celle-ci, j’ai souvent démarré comme remplaçant. Je réalisais plutôt des bonnes entrées, même si j’ai aussi fait des mauvais matches, il ne faut pas se cacher. Puis je me suis blessé au milieu de l’année. Et en fin de saison, quand je vois que Pierre Mignoni peut, peut-être, changer son fusil d’épaule et compter sur moi, je me blesse de nouveau contre Bordeaux. Et après, ce qui a un peu terni tout ça, honnêtement, c’est vraiment cette histoire avec Louis Carbonel. Ils ont voulu m’échanger avec lui. Le club du Stade français voulait que je vienne… mais Toulon aurait accepté. Parce qu’il voulait absolument le retour de Louis, ce que j’avais bien compris. »
Un passage malgré tout positif
« Mon histoire avec le club a quand même été exceptionnelle. J’arrivais de Brive, je découvrais tout autre chose. J’ai connu de très grands joueurs, de très bons entraîneurs. J’ai pu vivre ma première année en Champions Cup, j’ai vécu des matches avec des émotions incroyables. Il y a eu des hauts et des bas. C’est sûr que ça n’a pas été évident, mais maintenant que c’est passé, je ne retiens que le positif. Tout ce qui m’a fait progresser dans mon rugby, dans ma façon d’appréhender les choses et de grandir. Je veux d’ailleurs remercier le club, l’encadrement, les entraîneurs, les dirigeants, le président. Et surtout tous les joueurs. Dans les moments durs, ils ont été là. Je leur souhaite tout le bonheur du monde et Toulon restera, quoi qu’il arrive, gravé en moi. »



