Coupe du monde et bac : un impact sur les résultats ?
Coupe du monde et bac : un impact sur les résultats ?

Il faut bien que jeunesse se fasse, et à chaque début d’été, des lycéens offusqués se plaignent d’être tombés sur la « pire année possible » pour passer le bac. Exercice de physique chimie jugé trop difficile l’an passé, avec plusieurs pétitions, poème trop complexe d’Andrée Chedid en 2019, réforme mal digérée, etc.

Il y a peut-être une véritable raison de pester cette fois : la Coupe du monde de football, qui comme tous les quatre ans, tombe dans les mêmes délais. Début le 11 juin pour la World Cup, le 15 par la non-moins légendaire épreuve de philosophie. De quoi faire échouer certains étudiants, tiraillés entre la grande messe du football et les saintes révisions ?

Des études britanniques sur le sujet

Selon une étude britannique de 2019 de l’université de Bristol, Students’ effort and educational achievement : Using the timing of the World Cup to vary the value of leisure, les élèves britanniques obtiennent des résultats aux examens (GCSE, équivalent de Brevet + une partie du Bac) significativement plus faibles pendant les années de grosse compétition du ballon rond. La probabilité d’obtenir une note de passage (grade 5 ou équivalent) diminue en moyenne de 12 % pendant ces années-là.

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Quid en France ?

Aucune étude française n’a été consacrée au sujet, renseigne Marie David, maîtresse de conférences en sociologie à Nantes et spécialiste en sociologie de l’enseignement supérieur et de l’enseignement secondaire. Et il est difficile de comparer les résultats au fil des années, tant les différentes politiques de l’Education nationale se sont concentrées à rendre le bac plus accessible. Le taux de réussite est ainsi passé de 77 % en 1997 à 96,4 % en 2025. Impossible de faire une moyenne « année de Coupe du monde » versus « année de non-Coupe du monde ».

Pas d’effet visible en France

Pour y voir un peu plus clair et limiter au maximum les effets des réformes, on a donc isolé les années de Coupe du monde, avec l’année précédente et l’année suivante. Le tout en prenant les cinq dernières Coupe du monde (hors 2022, qui se déroulait en hiver).

Mais même là, il est difficile de voir un effet concret. Certaines années de Coupe du monde, le taux d’admission baisse par rapport à l’année précédente, mais dans la majorité des cas, il augmente. Idem, le taux d’admission l’année suivant la Coupe du monde n’est pas forcément plus haut. Même cas chez les mentions.

Cette absence d’effet visible n’étonne pas Marie David, qui « ne croit pas » qu’on puisse faire un lien entre Coupe du monde et résultat au Bac, « surtout en longue période ». Elle note également un biais qui « lisserait » un quelconque effet dans les résultats : en France, il y a plus de lycéennes femmes (57 %) que hommes (43 %), or ces dernières sont moins consommatrices de football.

Une épreuve « prise très au sérieux »

Corinne, professeur de lettres dans un lycée polyvalent près de Montpellier, a également du mal à croire en un effet tangible. « Contrairement à ce qu’on peut entendre parfois, les élèves prennent le bac très au sérieux et stressent beaucoup. Imaginer que des élèves vont se lever à 3 heures du matin pour regarder certains matchs, ou suivre l’ensemble de la compétition, me semble de la fiction, ou du moins des cas ultra-marginaux. »

S’il est difficile de juger l’impact de la Coupe du monde sur les élèves, « car ils ne sont plus en classe à ce moment-là », Stéphane, professeur en Histoire, note « lors d’autres grandes échéances sportives, comme les JO d’hiver, la Coupe du monde 2022 ou autre, on ne voit pas une chute des notes ou du niveau. » Il rappelle également : « De toute façon, le bac ne se joue pas uniquement lors de la dernière semaine qui correspond à la Coupe du monde. »

Une respiration salutaire pendant les révisions ?

Seule grosse chute de concentration constatée, Roland-Garros, mais le tournoi de tennis coche plusieurs mauvaises cases : match quasi-exclusivement en journée, durée des matchs parfois dépassant les trois ou quatre heures, et fin de l’année scolaire, « où l’attention flanche quoi qu’il arrive », note Stéphane.

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Justement, le football, avec ses matchs en deux heures top chrono mi-temps compris, peut à l’inverse constituer une pause salutaire. « Faire des pauses de deux heures pour un match, ou couper totalement le soir, c’est plutôt sain », rappelle Corinne. « Le football peut être un moyen de couper, de souffler, de faire des journées de révisions entre amis puis de regarder le match en récompense, etc. Il ne faut pas tomber dans l’excès et réviser 23 heures sur 24. »

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