À défaut de parier de l'argent sur les rencontres de la Coupe du monde 2026, de nombreux salariés se tournent vers les pronostics de bureau, un jeu sans enjeu financier mais qui suscite un engouement massif. De la machine à café aux réunions informelles, ces pronostics transforment l'ambiance au travail, créant une émulation et des rivalités bon enfant. Mais pourquoi ce phénomène rencontre-t-il un tel succès ? Les témoignages de salariés et l'analyse d'un sociologue du sport éclairent cette tendance.
Un rituel qui crée du lien social
Depuis le début de la compétition, qui oppose 48 nations, les bureaux vibrent au rythme des matchs. Baptiste, 33 ans, et Maxime, 40 ans, deux passionnés de sport, voient dans ces pronostics l'occasion de mettre à profit leur culture footballistique et de défier leurs collègues. Vincent, 57 ans, employé à Montpellier depuis 25 ans, confie : "Je joue pour blaguer, mais j'aimerais aussi l'emporter". Actuellement 23e au classement, il souligne que le jeu "compte pour du beurre" mais que l'esprit de compétition reste présent. "Ça fait du bien de parler d'autre chose au boulot que du boulot", résume-t-il.
Les applications de pronostics, comme MonPetitProno, Scorecast ou Corporico, facilitent la mise en place de ces jeux. Guillaume Dietsch, sociologue du sport, observe une "gamification" : "mise en place de classements, de récompenses par badges, mais sans enjeu économique réel". Selon lui, cela motive davantage les participants que des récompenses financières.
Stratégies et pression sociale
Les stratégies varient. Pat', qui participe pour la dixième année consécutive, combine analyses statistiques, conseils d'amis et "feeling" pour se classer dans le top 10. "On a toujours envie d'être bien classé", lance-t-elle. Arsène, directeur associé à Lyon, mise à 100 % sur l'instinct, "mais ça ne marche pas trop pour l'instant", déplore-t-il. Pour lui, l'objectif est la "cohésion" : "tout le monde y participe, ça fédère au-delà du cercle des passionnés".
Kader, 44 ans, qui gère des équipes à l'international à Paris, organise même des visios pour débriefer les matchs. "Ça rapproche mes salariés en distanciel", explique-t-il. Mais il ressent une pression supplémentaire : "Je suis chef, donc je dois être premier au classement. Sinon, c'est la fin pour moi, on me taquinerait pendant des semaines".
Un phénomène ambivalent selon le sociologue
Guillaume Dietsch analyse : "L'entreprise est un lieu de pratiques sociales. Participer à ces événements crée une appartenance communautaire, un sentiment de faire partie d'une équipe." Cependant, il met en garde contre une possible exclusion : "Pour ceux qui n'ont pas les codes, cela peut créer une injonction à participer pour ne pas se sentir exclus." Il insiste sur la nécessité de maintenir un cadre bienveillant.
L'enthousiasme retombe après la compétition, faute de renouvellement. "Sans nouveau souffle, ces élans de convivialité ne durent pas", précise Dietsch. Il recommande de proposer d'autres événements pour entretenir le lien. Interrogé sur le match France-Norvège du 26 juin, il parie sur un match nul 2-2, tandis que Baptiste et Kader prévoient une victoire 3-1, Arsène un 2-0 sec. Maxime, lui, refuse de dévoiler son pronostic par peur d'être copié.



