Christophe Pinna, légende du karaté, se livre dans un spectacle poignant à Nice
Figure emblématique du karaté français dans les années 90, le Niçois Christophe Pinna affronte un cancer depuis la fin de l'été 2025. Lorsque son corps, son principal moyen d'expression, a été cloué sur un lit d'hôpital pendant six longs mois, l'idée d'écrire son récit lui est venue naturellement. Non seulement le parcours d'un champion, mais surtout celui d'un homme que la vie a façonné pour le meilleur. C'est cette histoire qu'il dévoile avec une sincérité déconcertante dans son spectacle « Nouveau round, c'est tout sauf anecdotique ».
Un récit né dans la douleur de l'hôpital
L'ancienne légende mondiale du karaté retrace le film de ses mille et une vies en un peu plus d'une heure, avec une transparence totale. Tous les spectacles mis en avant dans les médias ne valent pas nécessairement le détour, mais celui-ci se distingue profondément. Il ne s'agit pas simplement du récit de la vie de Christophe Pinna, né à Nice le 18 mars 1968. Déjà, parce que l'icône du karaté ne se résume pas à son impressionnant palmarès : 6 titres de champion de France, 6 de champion d'Europe et 4 de champion du monde. Sa vie est loin d'être un long fleuve tranquille, ressemblant plutôt à une poupée russe où chaque souvenir en appelle un autre.
« Quand à l'hôpital, les journées durent 20 heures parce que vous ne dormez que très peu, ça laisse du temps pour une grande introspection. J'ai commencé à écrire ce spectacle comme ça, dans ma tête, en me souvenant de détails que j'avais complètement oubliés », confie Christophe Pinna, dont l'aura naturelle dissimule la prouesse de monter sur scène.
Le besoin vital de mettre de la lumière
Une semaine avant sa première représentation au restaurant le Carré d'Or, l'ancien karatéka sortait à peine de trois longs mois de chimiothérapie quotidienne, « le traitement le plus fort possible, avec seulement 5 jours de repos tous les 20 jours ». De quoi remettre en question sa prestation jusqu'à la veille. « C'est une reprise rapide, j'en suis conscient. Mais j'avais besoin de mettre de la lumière à la sortie du tunnel », explique l'Azuréen.
Plus que de la lumière, c'est de la vie que Christophe Pinna offre au public. Sa vie. À travers les pérégrinations de son esprit, représentées par un dialogue entre une voix off et ses propres réponses, on découvre avec émotion la personne derrière l'athlète. « Cette voix, on peut se l'approprier comme on veut. Elle est représentée par un faisceau lumineux. Pour moi, ça représente ma conscience, ces questions que l'on se pose dans la vie ».
De la punition à la gloire mondiale
De ses débuts au karaté à 5 ans, qu'il considérait alors comme une punition pour canaliser son énergie d'enfant dissipé, à l'apogée de sa carrière avec le titre de champion du monde toutes catégories à Munich en octobre 2000, Christophe Pinna suscite une palette de sentiments intenses. Fierté, tristesse, désespoir, rire : un condensé de vie en un peu plus d'une heure qui a failli ne jamais voir le jour.
« À l'origine, je voulais simplement réserver trois créneaux pour mes amis. En me rapprochant de l'entreprise pour le son et la lumière, les gens m'ont convaincu que ça valait plus que ça ». Le Niçois a ainsi ajouté deux dates supplémentaires pour le début de l'été.
Une ouverture totale jusqu'à la vulnérabilité
Pour donner corps à son récit, le triple champion du monde par équipes fouille dans les recoins de son esprit, jonchés d'anecdotes rocambolesques. « Comme ce n'était pas prévu pour un stand-up, je ne surjoue rien, je n'essaye même pas de provoquer quoi que ce soit, c'est juste ma vie », concède simplement celui qui évoque également ses passages à la télévision.
Devenu proche de Christophe Pinna après leur rencontre lors de la 5ᵉ saison de la Star Academy en 2005, Pascal Mono a créé la couverture musicale du spectacle. Sa voix de rockeur reprend « Another Love » de Tom Odell, l'une des chansons préférées de l'ex-karatéka. « Ce qui m'a touché, c'est qu'il s'ouvre jusqu'au bout avec la même sincérité, jusqu'à l'évocation de sa maladie et de sa vision des choses », glisse le chanteur niçois.
Transformer l'épreuve en force positive
Déjà confronté au cancer plus tôt dans sa vie, c'est en être vulnérable et accessible que Christophe Pinna s'adresse. Son passé de champion constitue-t-il un supplément d'âme dans cette période ? Lui-même ne saurait répondre. « Je crois que quand la patate chaude te tombe dessus, tu es obligé d'accepter. Moi, je ne sais pas broyer du noir. Je pense que certains ont traversé la maladie plus courageusement que moi, mais si j'ai une qualité, c'est que je sais transformer les choses en quelque chose de positif. Et c'est plus fort que de savoir si je suis atteint ou non ».
Cette mentalité se ressent profondément lorsque le rideau tombe. À la fin du récit, un seul mot vient à l'esprit : merci. Christophe Pinna sera sur scène le 7 mai au Stockfish à Nice et le 17 juin aux Arènes de Fréjus, à 19h.



