Le pilier de Peyrehorade Benjamin Lescoulié, bientôt 34 ans, se tient prêt avant le quart de finale aller à Saint-Médard-en-Jalles, ce dimanche à 15 heures. Il est confiant dans ses partenaires, qui doivent désormais se libérer.
Un retour après une longue absence
Cela fait dix-huit mois que l’on attend son retour. Il est apparu à l’échauffement pour les huitièmes de finale contre Tours. « Il y a 0,01 % de chance que je te prenne, es-tu quand même prêt ? m’avait demandé Samuel (Dylbaitys, l’entraîneur des avants). Évidemment que je suis prêt ! », rapporte Benjamin Lescoulié, bien conscient que d’autres se sont imposés pendant son absence et que pour le match de dimanche, les entraîneurs pourront puiser dans le vivier des Espoirs, stoppés en quarts dimanche dernier.
Quoi qu’il en soit, c’est pour Benjamin un retour à la vie depuis le funeste match Lourdes-Peyrehorade du 25 janvier 2025, qui l’avait vu quitter les siens à la 7e minute, en boitillant. Comme il était rarement blessé, on s’était un peu inquiété. Avec raison, puisque le diagnostic sera celui tant redouté des rugbymen : rupture des ligaments croisés. Et même pire que ça, puisqu’en plus des croisés, un ligament latéral et le ménisque sont touchés.
Les circonstances de la blessure
« La blessure est arrivée en plaquant un deuxième ligne. Je n’avais pas la bonne attitude défensive. Mais j’étais sans doute fragilisé. J’avais enchaîné pas mal de matchs et j’étais en pleine reconversion professionnelle, avec le stress qui va avec. Et deux mois plus tôt, j’avais ignoré ce qui était peut-être un signal d’alerte : j’avais eu un claquage, ce qui ne m’était jamais arrivé jusque-là… », rembobine Benjamin.
Un long chemin de rééducation
La blessure étant sérieuse, il se résout à l’opération. Il y aura quelques complications, qui nécessiteront une nouvelle opération et rallongeront la période de récupération, qui sera de plus de 13 ou 14 mois, contre les habituels 9 mois pour les croisés. La rééducation a été difficile, mais elle a aussi permis quelques rencontres. C’est ainsi qu’au Cers de Capbreton, où il a passé trois semaines, il a croisé Peato Mauvaka, le talonneur de l’équipe de France, et un pilier de Nafarroa qui est devenu un ami.
Un engagement hors du commun
Ce long intermède s’achève, Benjamin revient tel qu’en lui-même : il veut retrouver le haut niveau et plus que jamais poursuivre son engagement avec le club. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il sort vraiment de l’ordinaire. « Au-delà du joueur formé au club, Benjamin a le goût des autres et une fibre pédagogique précoce. Il a un vrai sens du contact avec les petits, il s’est investi très tôt dans les missions de l’école de rugby, il a créé une section pour les tout-petits, nous l’avions même recruté pour un rôle de coordinateur sportif et assurer la promotion du rugby dans les écoles et le collège », commente Jean-Louis Bareigts, président du club.
Benjamin Lescoulié aime partager des moments avec les autres. Sa carrière professionnelle, tournée vers les jeunes, n’est pas un hasard. Et s’il a quitté son emploi au club, c’est pour rester au service de la jeunesse, mais avec des missions plus étendues. « Je suis responsable du service jeunesse à la Communauté des communes du Pays d’Orthe et Arrigans, créé au début 2022. Je gère aussi l’espace Ado jusque-là géré par la commune de Peyrehorade. On déborde largement du cadre sportif, il y a des activités manuelles, ludiques, numériques. Il y a des liens avec les établissements scolaires, ainsi que les autres structures communautaires. Il faut de l’imagination, c’est une tâche passionnante », commente Benjamin.
Les enjeux des quarts de finale
Pour ces quarts de finale de Fédérale 1, Peyrehorade sera en bonne compagnie puisque les premiers des quatre poules sont là, ainsi que trois des deuxièmes. Montmélian (deuxième) manque à l’appel, éliminé par Gaillac (troisième) à la dernière seconde du match retour. Cela promet donc des rencontres de haut niveau et équilibrées. Les vainqueurs seront qualifiés pour les demi-finales et monteront en Nationale 2.
Les confrontations se font en match aller-retour. Les qualifiés seront ceux qui auront le plus de « points terrain » : 4 points pour la victoire, 2 pour le match nul, 1 (bonus défensif) pour une défaite de 7 points ou moins, 1 (bonus offensif) pour avoir marqué 3 essais de plus que l’adversaire. En cas d’égalité au niveau des points terrain, c’est le goal-average (différence entre les points marqués et les points encaissés) sur les deux matchs qui désignera le qualifié pour les demi-finales.
Peyrehorade et Saint-Médard-en-Jalles jouaient dans la même poule l’an passé, les Landais avaient terminé troisièmes et les Girondins quatrièmes. Chacun avait gagné chez lui mais ça avait été très serré à chaque fois (à la maison Peyrehorade l’avait emporté à la 80e+3).
Préparé à entraîner
On se dit que ce goût pour l’initiative le conduira à devenir entraîneur. Mais pourquoi attendre ? Il s’y est déjà préparé. « J’ai un diplôme d’entraîneur. Le hasard a fait que je l’ai passé en même temps que Sébastien Jaca (alors à Mauléon), un de nos entraîneurs actuels. Je l’ai un petit peu exercé, j’ai entraîné les filles du club. Pendant ma phase de convalescence, j’ai même participé ponctuellement à l’entraînement des Espoirs, à la demande de Jérôme Dacharry, l’entraîneur des avants. Cela m’a bien plu, j’ai aussi accompagné Jérôme sur deux matchs. On verra plus tard, pour l’instant, je suis exclusivement dans la peau de joueur. »
Dimanche, face à Saint-Médard-en-Jalles, Benjamin Lescoulié sera au plus près des siens. Pour lui, ce qui a été fait est presque normal, c’est maintenant qu’il faut franchir un cap. « Contre Tours, on a gagné à l’aller et au retour, mais on s’était mis la pression, on n’a pas donné notre plénitude. Il faut dire qu’au sortir d’une super saison (on a terminé premier de notre poule), ça aurait été un échec de se faire éliminer en huitième, alors que l’an dernier, on avait franchi ce cap alors qu’on avait fini troisième de la poule. Là on est en quarts, on mérite notre place, on est quoi qu’il arrive en progression par rapport à la saison dernière, il faut qu’on joue libéré. On ne connaît pas l’adversaire, il faudra le découvrir, on sait que c’est costaud et dense, on se prépare en conséquence pour faire un match sérieux et appliqué là-bas. C’est à ce prix qu’on pourra rêver d’une belle fête au match retour à Dabadie. »



