À peine créé et déjà qualifié. Un an après sa fondation, Basque XIII, deuxième à l'issue de la phase régulière, s'est hissé jusqu'en quarts de finale de Nationale 3. Le club labourdin, qui reçoit Caumont-sur-Durance ce dimanche, est parti du plus bas niveau de la discipline, mais peut encore espérer grimper d'un étage dès sa première saison.
Des origines modestes
De la rencontre à la salle de sport entre Renaud Davant et Olivier Dumeaux aux phases finales de Nationale 3, il n'y a que douze mois. En avril 2025, le futur secrétaire-joueur de Basque XIII interpelle son futur président-entraîneur, intrigué par sa tenue. « Il portait un maillot treiziste, rembobine-t-il. Du coup, je l'ai questionné là-dessus et derrière j'ai eu droit à tout son curriculum », sourit l'actuel troisième ligne, pratiquant d'une discipline encore confidentielle sur le territoire hexagonal, malgré la présence des Dragons Catalans et du Toulouse Olympique en Super League. « À la base, c'est un championnat européen mais bon, il n'y a que des clubs anglais et français, glisse Renaud Davant. Ce serait top d'avoir, à terme, une troisième équipe tricolore. »
Un héritage historique
Au Pays basque, le rugby à XIII avait disparu des radars depuis 1989 et l'extinction des Moustiques luziens. Si les Angloys Dumeaux, Davant et compagnie ont piqué la dénomination Basque XIII, leur structure n'a aucun lien avec celle impulsée en 1974 par leurs prédécesseurs autrefois basés dans la Cité des corsaires. Habituée au XV, la province s'était déjà dotée d'un club à XIII avant même la Seconde Guerre mondiale. En 1934, Côte Basque XIII avait pris part à l'édition inaugurale du championnat de France, avant de glaner la Coupe de France deux ans plus tard. « La structure était professionnelle », précise Renaud Davant, arrière-petit-fils de Justin (1914-1987), ex-international et coéquipier de Jean Dauger. Si le XIII a fini par lentement s'effacer, c'est sans doute lié « à l'avènement du professionnalisme à XV et au développement de clubs comme Biarritz, Bayonne ou la Section Paloise, estime-t-il. Il y avait quand même un certain vivier dans le département. Dans les années 80, il subsistait encore Pau, Ogeu et Bétharram dans le Béarn. » Avant de trépasser eux aussi.
Une renaissance prometteuse
Intervenue le 29 août dernier, la (re)naissance de Basque XIII a été officialisée dans un courrier signé par la FFR XIII, qui s'est « réjouie de cette création, saluant les efforts entrepris pour renouer avec une tradition treiziste qui a marqué cette région par le passé ». « Pour nous, c'est une véritable fierté mais aussi un gros défi », lâche Renaud Davant, ancien joueur à XV, à l'instar de nombreux coéquipiers. Le XIII ? « On s'y est fait petit à petit. » Ils sont bien aidés, épaulés par « la belle colonie » tout droit venue de Villeneuve-sur-Lot, cité considérée comme le berceau du XIII. Ajoutez à ces cinq Lot-et-Garonnais, un Albigeois et deux Catalans rompus à l'exercice et vous obtenez de véritables formateurs. « Ils ont permis d'apprendre les codes assez rapidement », assure-t-il.
Une saison réussie
Du premier entraînement sauvage, sur un terrain jouxtant la plage des Cavaliers à Anglet, aux deux derniers matchs de N3, disputés sur le Bendern, le terrain annexe du stade Aguilera, à Biarritz, il n'y a que 35 semaines. Entre-temps, les Labourdins ont disputé une majorité de rencontres sur la pelouse angloye de Girouette. Et ils ont plutôt brillé. Pensionnaires de la cinquième et ultime division, les Basques, inclus au sein de la poule Ouest, ont défié « des équipes qui sont là depuis assez longtemps. Forcément, le niveau a été assez relevé d'entrée. Il a fallu très vite adapter notre niveau de jeu. Notre marge de progression était assez énorme. » Malgré trois défaites sur quatre hors de leurs bases, ils sont parvenus à se qualifier pour les phases finales, après deux succès contre Toulouse à domicile (24-16) et chez le leader, Valdériès (28-29). Deuxièmes à l'issue de la phase régulière, ils recevront les Vauclusiens de Caumont-sur-Durance (Vaucluse), troisièmes de la poule Est, en quarts de finale, ce dimanche à Aguilera.
Les défis financiers
Une incursion en demies est-elle possible ? Tout dépendra surtout du duel entre Toulon et XIII Gascon. Si les Varois (premiers à côté Est) l'emportent, les Basques seront obligés de se déplacer sur la rade. Avec la crise pétrolière actuelle, la charge risque d'être lourde. « On va faire une réunion pour voir comment on pourrait financer ce voyage et voir si les joueurs devront mettre la main au porte-monnaie. Ce qui est sûr, c'est qu'on ne déclarera pas forfait et qu'on ira. On aurait aimé avoir un peu plus d'aide de la Fédé », regrette Renaud Davant. Heureusement, les sponsors - qui ont déboursé pour certains jusqu'à 2 000 euros, voire plus - ont permis de tenir jusque-là, subventionnant indirectement de gros trajets : vers Nantes, en Ariège et dans le Tarn.
Des ambitions mesurées
Inenvisageable en début d'exercice, l'accession en N2 n'est plus qu'à deux marches. « On n'avait aucune préparation en août, rappelle-t-il. Si on arrive à monter dès notre première année, ça serait la cerise sur le gâteau. Mais on ne la demande pas encore, c'est déjà super ce qui nous arrive. En termes de crédibilité, on a tout gagné. En soi, on a déjà réussi notre saison. »
Repères
Phase régulière
- Journée 1 (18 octobre) à Nantes : 28-38
- Journée 2 (1er novembre) contre Valdériès : 26-30
- Journée 3 (15 novembre) à Pamiers : 6-62
- Journée 4 (29 novembre) contre Saint-Pierrais : 30-16
- Journée 5 (17 janvier) contre XIII Gascon : 56-0
- Journée 6 (8 mars) à Toulouse Jules Julien : 30-18
- Journée 7 (7 février) contre Nantes : victoire par forfait
- Journée 8 (14 mars) à Saint-Pierrais : 28-24
- Journée 9 (29 mars) contre Pamiers : 90-10
- Journée 10 (4 avril) à XIII Gascon : 24-18
- Journée 11 (12 avril) contre Toulouse Jules Julien : 24-16
- Journée 12 (19 avril) à Valdériès : 28-29
Classement final
- Valdériès : 31 points
- Basque XIII : 28 pts
- Toulouse Jules Julien : 26 pts
- XIII Gascon : 26 pts
- Saint-Pierrais : 19 pts
- Nantes : 12 pts
- Pamiers : 10 pts
Basque XIII ne s'est incliné qu'à une seule reprise à domicile : c'était face au futur leader Valdériès (26-30), lors de la deuxième journée.
Les différences entre XIII et XV
Ancien joueur à XV, Renaud Davant estime que le XIII est « beaucoup plus physique. Il y a beaucoup plus de cardio, concède-t-il. Quand on est en défense, on doit se replacer à 10 mètres, faire une vague, de monter puis reculer à chaque fois. L'adaptation très compliquée au début. Les impacts sont beaucoup plus rapides qu'à XV. Il y a des phases de jeu qui sont plus dangereuses à XV, qui vont demander beaucoup plus d'impact, notamment les phases de ruck, des phases qui n'existent pas à XIII. Nous, on va plutôt être sur du plaquage lourd, assez haut, pour bloquer le ballon. Il y a un travail de lutte au sol pour que le joueur talonne le moins rapidement possible. »



