Un métier en pleine mutation
Le métier de directeur sportif (DS) joue un rôle prépondérant sur le Tour de France. Comme dans tous les sports, ce poste a bien évolué avec le temps. « Ça n’a même rien à voir avec ce que j’ai connu à mes débuts », souffle Thierry Marichal (52 ans), chez Cofidis depuis 2019 et dans le métier depuis 2009. Le rôle du DS, souvent comparé à celui d’un entraîneur de football, ne se résume plus à la relation entraîneur-entraîné, à la création d’une complicité ou au briefing du matin. Et encore moins à quelques mots dans l’oreillette au cours d’une étape.
Un staff élargi et informatisé
Le directeur sportif est désormais un maillon d’une chaîne composée d’une trentaine de personnes. « La transformation du poste est un peu à l’image de la société. Déjà, tout est hyper informatisé », explique Marichal, ancien coureur professionnel (1995-2007). « On a plus de chiffres et moins de relations humaines. Puis, il y a tellement plus d’intervenants : les entraîneurs spécifiques, le responsable performance, le nutritionniste, le coach mental, le corps médical… Des nouveaux postes et donc des nouveaux contacts pour les coureurs. » Indéniablement, la relation entre le DS et le coureur n’est plus la même. « Puis maintenant, c’est 30 coureurs par équipe à l’année. Chaque DS suit ses coureurs. Moi, il y en a que je ne vois quasiment jamais. »
Stratégie et management : le cœur du métier
Heureusement, l’essence du métier reste la même. La stratégie et le management des coureurs demeurent leurs prérogatives principales. « En fait, on chapeaute tout ce qui touche le sportif », synthétise Stéphane Goubert (55 ans), le Montpelliérain de la Groupama-FDJ, arrivé chez Marc Madiot cet hiver après vingt ans passés chez AG2R. Sur le Tour de France et les grands tours, ils sont trois directeurs sportifs dans les voitures : un à l’avant, un à l’arrière, et un autre « goal-volant ». « On ne peut pas être moins. Il y a beaucoup de stress. Rien que conduire derrière le peloton toute la journée, c’est éprouvant », note Marichal.
Une journée type sur le Tour
Chacun supervise ses coureurs et respecte un planning précis. Goubert détaille une journée-type d’un DS sur une course de trois semaines : « Petit-déjeuner à 7h. Peaufinage de la stratégie, certes travaillée en amont, dans la chambre d’hôtel puis dans le bus. Réunion entre directeurs sportifs. Ensuite, on file au départ. Après avoir présenté le briefing général, on laisse les coureurs se préparer. La course se passe. Retour au bus une fois l’étape terminée. On fait un petit débrief individuel rapide, à chaud. On rentre à l’hôtel. Et là, on fait un tour des chambres pour parler de la course à tête reposée, ainsi que du lendemain. Ces échanges nous servent à affiner la stratégie du lendemain. Enfin, on se réunit avec les autres directeurs sportifs pour faire le point et organiser la journée du lendemain. »
Communication sobre et gestion des imprévus
En course, chaque DS a sa méthode de communication avec les coureurs. « Nous, on essaie d’être le moins bavard possible. On parle davantage lors d’étapes techniques, évidemment. Sinon, tout est calé avec les coureurs au préalable. On se contente de messages brefs, de laisser l’athlète maître de son environnement. D’autres équipes ont une politique différente, ont de longs discours dans les oreillettes. Pas nous », assure Goubert. En plus des heures en voiture et des réunions, les DS doivent gérer les caprices des coureurs et leurs malheurs. Marichal et Goubert, respectivement avec Bryan Coquard et Guillaume Martin, tous deux tombés lourdement en début de Tour, ont dû particulièrement s’attarder sur leur coureur. « On le rassure, l’encourage, le motive. On lui fait comprendre que ce n’est pas sa faute et on fait en sorte qu’il perde le moins confiance possible », assure Thierry Marichal. Un vrai travail de l’ombre.



