Un violon Stradivarius, d'une valeur estimée à plus de 10 millions d'euros, dérobé par les nazis en Pologne en 1944, serait-il réapparu fin mars 2026 lors d'un concert en Alsace ? Pascale Bernheim, présidente de l'association Musique et spoliations et spécialiste des œuvres spoliées, en est formellement convaincue, même si l'origine de l'instrument suscite encore des débats.
Un concert au musée Unterlinden
L'experte raconte à l'AFP avoir été intriguée par un article des Dernières Nouvelles d'Alsace (DNA) relatant une soirée le 31 mars au musée Unterlinden de Colmar, dans le Haut-Rhin, mêlant dégustation de vin et concerto de violon, dans le cadre du Festival de Pâques de la ville. Le violoniste Emmanuel Coppey a joué sur plusieurs violons anciens, dont un « de 1719 d'Antonio Stradivari », selon le compte rendu du journal.
« Je suis formellement convaincue qu'il s'agit du Lauterbach », du nom d'un de ses premiers propriétaires, déclare Pascale Bernheim. Ce Stradivarius, confectionné par le célèbre luthier italien de la Renaissance Antonio Stradivari, avait été dérobé au Musée national de Varsovie en Pologne en 1944 par des soldats nazis. Il a été aperçu pour la dernière fois au début des années 1990 en France, après avoir survécu à la Guerre froide et à des années passées en RDA, selon Le Parisien.
Un instrument de la plus belle époque
Il n'existe que neuf Stradivarius datant de 1719, dont deux sont portés disparus. Le dos du second, surnommé le « Lautenschlager », est constitué de deux planches de bois, ce qui ne correspondrait pas au violon de Colmar qui n'en a qu'une, selon les informations du journal.
Selon le site internet du Festival de Pâques, la soirée à Colmar a été imaginée par le producteur de concerts de musique classique Emmanuel Jaeger. Or, M. Jaeger avait contacté l'experte en 2017 pour rechercher l'origine d'un violon en possession de Jean-Christophe Graff, un luthier strasbourgeois. Ce dernier pensait détenir un « Vuillaume », moins coté, jusqu'à ce que l'expert mondialement reconnu en lutherie, le Britannique Charles Beare (décédé en 2025), ayant l'instrument entre les mains, déclare lors d'un colloque : « ce n'est pas du tout un Vuillaume, c'est un Stradivarius et un Stradivarius de la plus belle période ». Le luthier s'inquiétait de détenir un violon qui aurait pu être spolié.
Des doutes persistent
« À ma connaissance, il ne s'agit pas du violon volé », a assuré Emmanuel Jaeger dans les DNA. Selon lui, le violon mis à la disposition d'Emmanuel Coppey est un autre Stradivarius de 1719. Pascale Bernheim admet : « L'erreur est humaine et il se pourrait que je me sois trompée. » Mais elle rétorque : s'il s'agit bien d'un stradivarius de 1719 sans être le Lauterbach, « dans ce cas-là, qu'il nous explique lequel c'est ».
L'organisateur Emmanuel Jaeger et le luthier strasbourgeois n'ont pas répondu aux sollicitations de l'AFP. L'origine de l'instrument reste donc à déterminer avec certitude, malgré les expertises de Charles Beare et une analyse dendrochronologique.



