Dès l’aube, pendant que les poules s’agitent dans l’enclos et que les premiers paniers de légumes attendent leurs propriétaires, Loïc Branda termine une tournée d’œufs avant d’enchaîner avec des dossiers de subventions pour l’association sportive locale. Quelques heures plus tard, Laetitia donnera un cours à la salle L’Hirondelle avant de rejoindre la ferme pour s’occuper des cultures. À Sospel, leur quotidien ressemble à un équilibre permanent entre agriculture, vie associative et famille. Un rythme dense, choisi, et loin de l’image idéalisée du simple « retour à la campagne ».
Un déclic pendant la pandémie
Lorsque ce couple installé à Nice décide de changer de vie pendant la période du Covid, il ne s’agit ni de fuir la ville ni de rechercher une forme d’autosuffisance isolée. Loïc est alors ingénieur, basé à Monaco. Ancien international de natation eau libre, la vie speed le connaît. Laetitia, elle, est ostéopathe. De son côté aussi, les choses vont à cent à l’heure. Leur vie est bien remplie, les journées s’enchaînent à toute vitesse entre travail, déplacements et vie familiale avec leurs deux filles, Héloïse et Cassandre, aujourd’hui âgées de 7 et 10 ans.
Puis vient ce moment de bascule. « Le Covid a été un déclencheur. On aimait notre vie, mais ça nous a fait prendre conscience qu’il était peut-être possible de vivre autrement », raconte Laetitia. Le couple ressent alors le besoin de ralentir, de retrouver du temps, du sens aussi. Mais sans fantasmer une vie hors du monde. « On ne cherchait pas l’isolement. Pour nous, vivre autrement passe justement par le lien avec les autres », explique Loïc.
Sospel, une évidence
Sospel s’impose rapidement comme une évidence. Loïc y possède des attaches familiales : son arrière-grand-mère était sospeloise, et le village a longtemps accompagné son enfance à travers les colonies de vacances et les séjours familiaux. De son côté, Laetitia a grandi à Menton, elle connaît donc très bien le petit havre de la Bévera. « Sospel, ce fut une évidence car il y a cet esprit village, mais aussi beaucoup d’entraide. Les gens sont investis et c’est un lieu où des projets peuvent émerger et être portés. C’est le bon juste milieu entre le calme et la communauté. Car pour moi, vivre en autonomie, ça passe par les autres et le ensemble », résume Loïc.
Une reconversion exigeante
En 2021, la famille quitte donc Nice pour s’installer dans la vallée. Mais derrière l’image douce du « retour au vert », la réalité est plus exigeante. « C’est dur de se lancer sans connaissances dans le milieu. Nous nous sommes tous deux formés et ça nous a beaucoup aidés », explique Loïc. Le couple suit notamment des formations agricoles dans le Var et en Normandie avant de lancer progressivement son activité. Aujourd’hui, leur ferme fonctionne en polyculture à taille familiale : environ 140 poules pondeuses, des framboisiers, des oliviers, des pommes de terre, des patates douces, du maraîchage estival, et plusieurs petits fruits. Toute la production est écoulée localement via un système de paniers en circuit très court. Et les abonnements affichent complet.
Un quotidien exigeant mais choisi
Ce nouveau mode de vie n’a pourtant rien d’un quotidien figé ou contemplatif. Le travail physique est omniprésent. La charge mentale aussi. Entre les cultures, les animaux, les enfants, les livraisons, les cours sportifs et la gestion associative, les journées commencent tôt et finissent tard. « Les premiers temps ont été compliqués parce qu’il fallait trouver notre rythme, notre équilibre. On voulait passer plus de temps en famille et finalement on travaillait énormément », reconnaît Loïc. Mais peu à peu, les choses se structurent. « Aujourd’hui, tout commence à être bien rodé. C’est normal, au début il faut du temps pour trouver son organisation. Maintenant, on est contents, tout se met en place. »
Le couple insiste d’ailleurs sur un point : ralentir ne signifie pas arrêter d’agir. Au contraire. « Nous sommes deux âmes créatives. Nous avons besoin d’être en mouvement, de mener des projets, d’être force de proposition. » Une dynamique qui dessine un avenir tranquille, mais encore bien mouvementé pour la petite famille.



