Cartes bancaires pour sans-abri : pourquoi le dispositif Solly peine à convaincre à Nice
Cartes Solly pour SDF : un démarrage difficile à Nice

Permettre aux personnes sans domicile fixe de recevoir des dons par virement via un QR code : c'est le principe des cartes Solly, distribuées depuis décembre par les Anges de la Baie à Nice. Mais entre méfiance, barrière numérique et pudeur, le dispositif peine à convaincre sur le terrain. Explications.

Un lancement poussif

« Pour l'instant, peu de gens ont entendu parler de Solly », reconnaît Bastien Gambaudo, qui distribue depuis décembre ces cartes solidaires. Avec une quinzaine d'exemplaires en circulation - dont seulement cinq ont été utilisées au moins une fois - le seuil initial des 80 unités est loin d'être atteint. Pour comprendre les raisons d'un lancement aussi poussif, le président des Anges de la Baie invite à faire un tour en maraude.

La difficile quête de confiance

« Notre mission principale c'est de donner à manger, d'être à l'écoute. Les cartes viennent dans un second temps. On propose uniquement quand un lien de confiance est établi, et ça peut prendre du temps », explique Ugo Gambaudo. Cyril, 61 ans, SDF de longue date, reste sceptique : « Vous m'imaginez en train d'expliquer aux gens comment ça fonctionne ? Leur dire que c'est pas une arnaque. J'en vois pas l'utilité. »

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« On ne peut pas ignorer que certaines personnes ressentent une forme de honte supplémentaire à faire la manche. Elles refusent d'être assimilées à des machines, ou de porter un QR code autour du cou comme une étiquette », compatit Bastien Gambaudo.

La peur de l'arnaque

« Les passants peuvent croire que c'est une arnaque. Ils hésitent à télécharger l'application indispensable pour faire un don », constate-t-il. Une fois le code scanné, le primo-donateur doit transmettre ses informations bancaires et le montant du don (défiscalisable). « Bien que tout soit anonymisé et sécurisé, ça peut faire peur. »

Du côté des bénéficiaires, les informations demandées pour s'inscrire - nom, prénom, date de naissance, pays et ville de naissance, situation de tutelle - suscitent des interrogations. Jean, qui dort sous une tente près du Mamac, refuse : « Pourquoi vous avez besoin de savoir tout ça ? Ça va être enregistré où ? À qui vous allez donner mes infos ? Le cash, c'est la liberté. »

Quelques succès malgré tout

Au cours de la soirée, une seule carte sera donnée. Tariq, quadra « tchatcheur », se réjouit : « Ça fait longtemps que j'ai pas eu de carte bancaire. J'avais déjà vu quelqu'un à Paris avec un TPE, ça m'avait bien fait marrer. Après je me suis dit que c'était pas con. Surtout pour les gens qui sont interdits bancaires. »

Mahmoud, venu du Pakistan, ne vivait qu'avec un peu de liquidité avant de recevoir une carte Solly. « Maintenant, mes amis peuvent me faire virement directement, se réjouit-il. Dommage que ça ne marche pas pour payer le tram... »

Adama, Guinéen, a cumulé plus de cinquante euros sur sa carte, sans être certain de savoir comment les dépenser. « La barrière de la langue est aussi un frein », note Ugo. Son frère complète : « À Nice, les maraudes sont quotidiennes. La nourriture est globalement accessible, mais les besoins ont évolué : aujourd'hui, il est essentiel d'apporter un accompagnement médical, psychologique, des solutions de logement, ainsi que des conditions de vie dignes. Ça ne s'achète pas forcément. »

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