Un Autre Toit : trois décennies d'accompagnement bienveillant à Béziers
Il est dix heures du matin au centre pénitentiaire du Gasquinoy à Béziers. Dans le bâtiment extérieur dédié à l'accueil des visiteurs, une petite foule se rassemble pour le dernier appel au parloir de la matinée. Majoritairement composée de femmes, d'enfants et de personnes âgées, ces familles attendent de pouvoir retrouver leur proche incarcéré. C'est dans ce contexte chargé d'émotion que les bénévoles de l'association Un Autre Toit interviennent depuis maintenant trente ans.
Une présence discrète mais essentielle
Une fois la salle vide, les bénévoles peuvent enfin se poser. Françoise Mébarki, la présidente actuelle, explique leur mission avec des mots simples mais profonds : "Être là, disponible pour toutes les personnes qui transitent par cette maison d'accueil. Il s'agit de créer un climat convivial, en proposant des boissons, en essayant de s'occuper des enfants quand on en a la possibilité, et puis écouter, orienter vers les services correspondant à leur besoin."
Elle insiste sur l'approche de l'association : "On est là, sans jugement, avec bienveillance et discrétion." Cette philosophie guide chaque intervention des bénévoles qui se relaient sur les dix demi-journées de parloir hebdomadaires, du mardi au samedi.
Des origines ancrées dans la solidarité
L'histoire d'Un Autre Toit commence en 1994, lorsque plusieurs acteurs du milieu carcéral et associatif constatent la détresse des familles de détenus. Le SPIP (Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation), la Croix-Rouge, le Secours Catholique et un groupe d'aumôniers s'unissent alors pour créer cette structure d'accueil.
À l'époque, la maison d'arrêt se trouvait encore en plein centre-ville de Béziers, près de la cathédrale, dans les murs qui abritent aujourd'hui l'Hôtel la Prison. L'association fut hébergée peu après sa création dans un local appartenant à l'évêché, tout en conservant son indépendance totale.
Françoise Mébarki se souvient : "À l'époque il n'y avait que quatre demi-journées de parloir par semaine. Les bénévoles allaient régulièrement à l'entrée de la prison pour prévenir les familles qu'il y avait ce local avec des boissons, où elles pouvaient s'installer en attendant l'ouverture du parloir."
Une évolution adaptée aux besoins
En novembre 2009, le centre pénitentiaire du Gasquinoy remplace l'ancienne maison d'arrêt. Les architectes ont cette fois prévu un espace dédié aux visiteurs, équipé de casiers de consigne et de jeux pour enfants. L'association s'y installe et partage désormais les lieux avec la société sous-traitante de l'accueil administratif.
Cette intégration au sein même de l'établissement implique cependant de nouvelles contraintes : les bénévoles sont désormais soumis aux réglementations pénitentiaires. Ils sont aujourd'hui une vingtaine à se relayer sur les différents créneaux horaires des visites.
Des liens qui se tissent dans la durée
Si les membres de l'équipe doivent rester discrets et ne jamais imposer leur présence, il arrive souvent que des relations se nouent avec les personnes qu'ils retrouvent semaine après semaine. "On partage leurs joies et leurs peines," confie Françoise Mébarki. Cette régularité des rencontres permet de créer un véritable lien de confiance avec les familles qui traversent cette épreuve difficile.
Un appel permanent aux bénévoles
Malgré trois décennies d'existence, l'association continue de rechercher activement des renforts. "Nous avons toujours besoin de monde, cela permet de faire des roulements," explique la présidente. "En ce moment, nous recherchons particulièrement des personnes qui pourraient assurer des animations pour les enfants les mercredis après-midi."
Les besoins sont constants et variés :
- Accueil et écoute des familles
- Distribution de boissons chaudes et froides
- Animation pour occuper les enfants pendant l'attente
- Orientation vers les services adaptés
- Explications pratiques pour les nouveaux visiteurs
L'association Un Autre Toit reste ainsi un maillon essentiel dans le parcours souvent douloureux des familles de détenus, offrant un peu d'humanité dans un environnement institutionnel rigide. Trente ans après sa création, sa mission demeure plus pertinente que jamais dans le paysage carcéral français.



