Une vie dédiée à la mer récompensée par le Mérite maritime
À 83 ans, Marie-Josèphe Guillou, surnommée affectueusement « Jojo », a reçu la médaille de chevalier dans l'ordre du Mérite maritime. Cette distinction honorifique vient couronner près de sept décennies de travail ininterrompu dans le secteur de la pêche à La Rochelle. La cérémonie s'est déroulée en toute discrétion sur la terrasse de la criée de Chef-de-Baie, entourée de sa famille et de ses amis, créant un moment d'intense émotion pour cette femme humble qui ne recherchait aucun honneur.
Une carrière débutée à quatorze ans
L'histoire de Marie-Josèphe Guillou avec la mer commence en 1957, alors qu'elle n'a que quatorze ans. Issue d'une famille bretonne installée à La Rochelle, elle plonge immédiatement dans l'univers de la marée rochelaise. Elle se souvient encore d'avoir ouvert les entrailles de son premier poisson sur les quais du port de pêche, ignorant alors le parcours exceptionnel qui l'attendait. Depuis ce jour, elle n'a jamais cessé de se lever chaque matin pour se rendre à la criée, été comme hiver, formant ainsi une routine professionnelle devenue légendaire.
Le parcours d'une mareyeuse passionnée
Marie-Josèphe Guillou exerce le métier peu connu de mareyeuse, gérante de la société Moules Atlantique établie quai du Ponant au port de pêche de Chef-de-Baie. Son travail consiste à assurer la liaison entre les pêcheurs et les consommateurs, un rôle essentiel mais souvent invisible. Elle a connu l'évolution du secteur, depuis le débarquement du poisson au bassin des Chalutiers en plein centre-ville jusqu'à la vente sous le toit de l'Encan après-guerre, avant l'installation à la criée moderne.
Son engagement physique et professionnel a été remarquable : elle a porté des bacs de trente kilos et manipulé un nombre incalculable de filets de poissons. « La mer, ce n'était pas les vacances. C'était le travail et l'adversité », a rappelé François Lambert, directeur de l'École nationale supérieure maritime, lors de son discours. Malgré les difficultés, elle s'est imposée dans un univers professionnel très masculin, gagnant le respect de tous par son travail acharné et sa discrétion.
Une reconnaissance méritée et émouvante
La remise de la médaille a été orchestrée par François Lambert en grand uniforme, sous les applaudissements des proches et des collègues. Pour Marie-Josèphe Guillou, cette surprise totale a provoqué des yeux rougis et une parole rare, tant l'émotion était forte. Sa fille Murielle, qui travaille à l'Association Centre Atlantique des acheteurs des produits de la pêche, souligne : « Son travail, c'est sa vie. Le relationnel, le contact avec les gens. »
Françoise Caillaud, tenante de la poissonnerie « La fille du pêcheur » à Ars-en-Ré, ajoute : « Elle est humble et discrète, elle a travaillé toute sa vie et s'est fait respecter. Elle mérite le respect et l'affection de tous. » Cette cérémonie a rassemblé plusieurs générations, avec la présence de sa petite-fille Mathilde et de son arrière-petit-fils Issa, symbolisant la transmission d'un héritage maritime précieux.
Une longévité et une résilience exceptionnelles
Rien n'a jamais arrêté « Jojo », pas même la crise du Covid et les confinements de 2020. Sa combinaison unique d'engagement et de longévité a été saluée par l'attribution du Mérite maritime. Le lendemain de la cérémonie, comme à son habitude, elle s'est réveillée de bonne heure pour se rendre à la criée, prouvant que sa passion pour la mer reste intacte après toutes ces années.
Cette belle histoire illustre le dévouement silencieux de ceux qui œuvrent dans l'ombre pour approvisionner nos assiettes en produits de la mer. Marie-Josèphe Guillou incarne la persévérance, l'humilité et l'amour du métier, des valeurs qui méritent d'être célébrées et transmises aux générations futures.



