Gisèle Ferraris, légende des Pieds-Noirs, reçoit la Légion d'honneur à Pau
Gisèle Ferraris, légende Pied-Noir, reçoit la Légion d'honneur

Une légende vivante honorée à Pau

Ce samedi 18 avril, dans la chaleureuse ambiance de la MJC des Fleurs de Pau, une cérémonie émouvante a rassemblé une centaine de personnes. François Bayrou, ancien Premier ministre et maire de Pau, a remis la Légion d'honneur à Gisèle Ferraris, présidente de l'Amicale des Pieds-Noirs de Pau-Béarn. « Gisèle, c'est une légende », a résumé l'homme politique, lors de sa première sortie publique depuis sa défaite aux élections municipales récentes.

Quatre décennies d'engagement pour les déracinés

Gisèle Ferraris, première femme pied-noir à refouler le sol algérien en 1976, porte la parole de ces Français déracinés depuis quarante ans. Entourée de la députée Josy Poueyto et du sous-préfet Samuel Gesret, elle a reçu « la plus haute distinction de la République » en remerciement de son action inlassable. « À travers moi, c'est l'ensemble de notre communauté que tu as voulu honorer, François », a-t-elle déclaré, visiblement émue.

François Bayrou a salué son dévouement, évoquant « une histoire terrible, douloureuse, tragique parfois » pour ces rapatriés. Comme Gisèle Ferraris, plus d'un millier de Pieds-Noirs se sont installés à Pau après l'exode, formant une communauté unie par le souvenir et la résilience.

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Un parcours marqué par l'exil et la mémoire

Née à Sidi Bel Abbès, Gisèle Ferraris a vu sa vie basculer à l'âge de 23 ans. Le 22 juin 1962, elle débarque à Marseille avec sa mère et sa sœur cadette, fuyant l'Algérie comme « un million d'entre vous », selon les mots de Bayrou. « C'était la première fois qu'on mettait les pieds en métropole. On pensait que la France était notre pays. Eh bien non… », confiait-elle au journal Sud Ouest en 2012.

Malgré l'accueil difficile, elle décide de retourner en Algérie où sont restés son père et son mari Yvon, décédé en 2021. Elle arrive à l'aéroport de Senia près d'Oran, à contresens de l'exode, dans un contexte de violence. Son départ définitif de cette terre « du soleil et de la mer » interviendra le 9 janvier 1963, après un bref passage à Limoges et son installation définitive à Pau.

Préserver l'héritage d'une communauté

« Je ne peux oublier mon cher pays, ni dans ma mémoire, ni dans mon cœur », affirme-t-elle encore aujourd'hui, six décennies plus tard. Cette mémoire vive, Gisèle Ferraris n'a cessé de l'entretenir. Présidente de l'amicale depuis 1985, elle a également travaillé à l'office municipal des personnes âgées, aidant de nombreux Palois tout en organisant des sorties régulières.

Dès 1976, elle devient la première Pied-Noir à revenir fouler sa terre natale, un moment de fierté. Elle organisera ensuite de nombreux voyages en Algérie pour sa communauté en quête de racines. « La force de mon parcours, c'est mon enthousiasme ; ma volonté d'affronter l'adversité sans renoncer, de regarder devant moi tout en entretenant le souvenir de nos racines », explique-t-elle.

Mais Gisèle Ferraris, octogénaire au fort tempérament, craint la disparition de cette mémoire avec le « dernier voyage » de ses dépositaires. « Célébrer le passé, c'est le sens profond de notre mission à l'Amicale des Pieds-Noirs de Pau-Béarn », conclut-elle, rappelant que ces rapatriés sont « tous pauvres de notre terre, sans espoir de retour ».

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