« Ce n’est pas la fin de l’histoire ». Ce mercredi, Simon Babre sait cependant qu’il ouvre un nouvel épisode dans le long feuilleton du projet de construction sur le terrain de la Trenette, en plein cœur de Carqueiranne. Le préfet du Var annonce en effet avoir pris la décision de délivrer un permis de construire pour 171 logements, dont 54 sociaux. Une hypothèse qui, depuis le coup de gueule d’Arnaud Latil en conseil municipal, alimente la polémique politique.
« Sortir de l’impasse »
Pas question cependant pour le représentant de l’État de laisser cette décision être présentée comme un passage en force. Il défend au contraire l’idée que c’est une « main tendue pour stabiliser la discussion et permettre un compromis […]. Si je ne le fais pas, toute la procédure tombe et on retourne dans la situation de 2018 ». Sans permis de construire signé ces jours-ci, les compromis de vente des terrains tombent en effet à l’eau. « Délivrer ce permis, c’est éviter que tout le travail déjà fourni soit perdu, mais la discussion est encore possible ».
Selon le préfet, accorder le permis aujourd’hui est donc la seule façon de sortir de l’impasse dans laquelle se retrouvent les acteurs du dossier, à savoir le promoteur, les propriétaires des parcelles, la mairie… et l’État. « Et je rappelle que Carqueiranne est carencée par rapport à la loi SRU depuis 24 ans. Aujourd’hui, la commune ne compte que 6,3 % de logements sociaux alors que la moyenne des 44 communes du Var qui sont assujetties à la loi SRU est de 14,1 % […]. Carqueiranne n’a pas la situation la moins bonne du département, mais c’est celle qui est la plus bloquée malgré toutes les tentatives d’accompagnement des services de l’État ».
Le troisième préfet du dossier
Pour se faire comprendre, c’est donc toute l’histoire que le représentant de l’État déroule. « Je suis le troisième préfet à me pencher sur ce dossier », note-t-il en rappelant que le premier permis de construire (pour 398 logements dont 140 sociaux) a été déposé en 2018 par Cogedim. Il est refusé illico par la mairie, mais le promoteur attaque cette décision devant le tribunal administratif. La justice n’aura cependant pas le temps de trancher. « Arnaud Latil arrivant à la mairie, obtient alors de Cogedim son désistement dans la procédure. Chacun prenant des engagements et en particulier, de la part de la commune, celui de donner une autorisation d’urbanisme dans les 6 mois sur la base d’un projet retravaillé. »
« Ma seule boussole, c’est la recherche de compromis »
Les six mois seront plus longs que prévu puisque ce n’est qu’en 2024 qu’une nouvelle demande de permis de construire est déposée. « On part sur 194 logements dont 54 sociaux avec 19 maisons individuelles, mais les discussions n’avancent pas. C’est à ce moment-là que mon prédécesseur récupère la compétence d’urbanisme comme les textes lui permettent parce qu’il y a une très forte carence, rembobine Simon Babre. Lorsque j’arrive, en juin 2025, je vais à la rencontre du maire et il me convainc sur l’idée que 194 logements, c’est peut-être beaucoup. Je reprends alors mon bâton de pèlerin et avec les parties prenantes, je fais baisser le nombre de logements du projet à 171 sans changer le nombre de logements locatifs sociaux. J’obtiens au passage l’amélioration esthétique de l’ensemble pour qu’il soit plus provençal. Il faut bien comprendre que ma seule boussole, c’est la recherche de compromis. »
Point presse, coup de gueule et « logique de concertation »
Pas suffisant pour le maire de Carqueiranne, qui, le 12 août 2025, prend un arrêté d’opposition. « Et depuis, il ne s’était pas passé grand-chose, soupire le préfet… Jusqu’à ce que je fasse une conférence de presse, il y a 15 jours, pour rappeler les objectifs de l’État en matière d’hébergement social. » Un point presse qui déclenche la colère d’Arnaud Latil, anime le débat politique et relance les discussions.
« Le président du Conseil départemental (Jean-Louis Masson) rentre alors dans le débat et, après avoir discuté avec le maire de Carqueiranne, m’indique qu’un programme à 150 logements serait accepté. Je réunis donc une nouvelle fois toutes les parties et j’obtiens un accord à 156 logements. Je rédige donc un protocole d’accord que j’adresse au maire de Carqueiranne, à Josée Massi dans son rôle de présidente de TPM intéressée par le programme local de l’habitat et au président du Conseil départemental. Dans ce protocole, il est expliqué qu’en raison de contraintes juridiques, je prendrai un arrêté pour 171 logements mais qu’immédiatement après, il y aurait une demande de permis modificatif pour revenir à 156. Le maire a refusé. C’est vraiment un dossier bloqué et mon rôle est de le débloquer dans la logique de concertation qui anime l’État. »
Une première dans le Var
Au passage, Simon Babre note que, si c’est la première fois que dans le Var un préfet délivre un permis de construire à la place d’un maire sur la base de la loi SRU, c’est un cas de figure qui s’est déjà présenté une douzaine de fois dans la région. « Je ne suis pas un forcené de l’atteinte en un temps record des objectifs de 20 ou 25 %. J’ai bien conscience qu’il nous faut un cheminement et qu’il y a des endroits où on aura du mal à y arriver… mais quand on a des opportunités comme à Carqueiranne avec une parcelle en plein centre-ville et un dossier travaillé, il faut y aller. […] On a 33 000 demandes de logements sociaux sur le département. Il faut que chaque territoire prenne sa part. »
Enfin, interrogé sur la façon dont il a perçu la polémique de ces derniers jours, le préfet ne commente pas les déclarations politiques… mais réfute les déclarations du maire de Carqueiranne, estimant que le préfet lui a parlé « comme à un gosse ». « Ce n’est vraiment pas mon style et ça ne le sera jamais. »
Interrogé ce mercredi en fin d’après-midi, Arnaud Latil, maire de Carqueiranne, préfère ne pas faire de déclaration pour le moment. « Le préfet a été très correct, il m’a appelé mais maintenant, nous devons avoir une nouvelle réunion avec TPM et le promoteur. À l’issue, nous prendrons une décision. »



