Des témoignages pour sensibiliser au don d'organes
À l'occasion de la Journée nationale de réflexion sur le don d'organes et la greffe, et de reconnaissance aux donneurs, célébrée ce lundi 22 juin, Midi Libre a recueilli les témoignages de plusieurs habitants du Gard et de l'Hérault, donneurs, receveurs ou en attente d'un don. Leurs récits illustrent l'importance de ce geste qui peut sauver des vies.
Françoise, donneuse de rein à plus de 70 ans
Françoise Faivre Chalon, Montpelliéraine, a donné un de ses reins en mars 2025 à une jeune amie d'une quarantaine d'années, sous dialyse depuis plusieurs mois. « Sa maman avait essayé de lui offrir un rein, sans succès. J’ai donc tenté ma chance sans trop y croire au départ, j’avais déjà plus de 70 ans. Après toute une série de tests et d’examens, j’ai été acceptée et la double opération a eu lieu en mars 2025 avec succès », raconte-t-elle. Aujourd'hui, « après quelques zones de turbulences pour la personne greffée, tout va pour le mieux pour nous deux. Je n’ai aucun mauvais souvenir et la vie continue. »
Clémence, en attente d'une greffe cardiaque
Clémence Gualy, 31 ans, Montpelliéraine, est en attente d'une greffe cardiaque. Atteinte depuis sa naissance d'une cardiomyopathie hypertrophique sévère, une maladie génétique incurable et évolutive, elle a subi à 15 ans une opération à cœur ouvert de douze heures, avec pose d'un pacemaker et d'un défibrillateur implantable. « Malgré ces traitements, ma maladie a progressivement évolué vers une insuffisance cardiaque avancée. Aujourd’hui, mes médecins ont pris la décision de me placer sur liste d’attente pour une greffe cardiaque, qui représente désormais ma seule perspective thérapeutique », explique-t-elle. Ambassadrice de l'événement « La nage au cœur », dont la troisième édition se déroulera le 3 octobre à la piscine Angelotti de Montpellier, elle souligne que « face à cette maladie, la natation est devenue mon alliée. » Sous surveillance médicale, elle a pu pratiquer un sport adapté sans se sentir différente.
Jean-Luc, greffé du rein grâce à son épouse
Jean-Luc Bertaux, 67 ans, de Saint-Privat-des-Vieux dans le Gard, a bénéficié d'une greffe de rein le 12 juin 2013, grâce au don de son épouse. L'opération a eu lieu au CHU Lapeyronie. Treize ans après, il salue les équipes médicales et le personnel de l'hôpital pour leur « gentillesse et leur empathie envers nous. Nous n'oublierons jamais. » Il conclut laconiquement : « Nous allons très bien tous les deux. »
Ghislaine, donneuse à son frère
Ghislaine, 64 ans, habitant Jacou (Hérault), raconte : « Mon frère souffrait d’une maladie des reins. Sans avertir ni lui ni sa femme, j’ai commencé les démarches auprès du CHU de Montpellier. Lorsque j’ai parlé à mon frère, que j’avais démarré les démarches pour lui donner un rein, il s’est tu. Son silence était un accord. » Opérés en septembre 2014, alors que son frère avait 60 ans, « tout s’est très bien passé. » Bien qu'une autre maladie ait emporté son frère dix ans plus tard, Ghislaine se souvient que pendant cette décennie, « il a pu vivre sa vie, voir naître ses petits-enfants, et on était très heureux. » Elle ajoute : « Nos rapports se sont modifiés un petit peu. Taiseux, il a pu m’envoyer une lettre pour me remercier. C’est un sujet que nous n’abordions absolument pas. Parce que la vie continuait, tranquillement. Je suis en très bonne forme. »
La loi et les chiffres clés du don d'organes
L'Agence de biomédecine rappelle qu'en France, depuis la loi Cavaillet du 22 décembre 1976, chaque personne est considérée comme donneur d'organes par défaut, sauf si elle a exprimé son refus de son vivant. Les soignants doivent vérifier le Registre national des refus et interroger les proches. Faute de conversation préalable, le doute pousse parfois l'entourage à s'abstenir, ce qui bloque plus d'un tiers des dons, alors que huit Français sur dix sont favorables au don.
Selon le baromètre 2026 de l'Agence de biomédecine, l'adhésion au don d'organes après la mort se maintient chez les Français, avec environ 74 % d'avis favorables depuis dix ans. 90 % des Français estiment important que leurs proches connaissent leur position sur le don, mais seulement 49 % en ont parlé à leur entourage. Un fossé générationnel se creuse : 42 % des plus de 65 ans se sentent bien informés, contre 24 % des 16-24 ans. De plus, 59 % des plus de 65 ans se sentent concernés en 2026 (contre 49 % en 2025), tandis que seulement 35 % des 16-24 ans le sont (contre 41 % en 2025).
Un appel à la réflexion et au dialogue
La Journée nationale du don d'organes vise à encourager la réflexion et le dialogue au sein des familles. Comme le souligne l'Agence de biomédecine, « le don ne se fait jamais sans consulter l'entourage du défunt. » L'appel lancé est clair : « Un jour pour en parler, des milliers de vies sauvées ! »



