Parlementer avec un enfant de deux ans récalcitrant
Chaque semaine, notre chroniqueur David Abiker, présentateur de la matinale de Radio Classique, nous livre son humeur du moment. Cette semaine, il nous emmène près de la tour Eiffel, où il a assisté à une scène de la vie quotidienne pleine d'enseignements.
Furieux, au milieu de la rue. C'était la semaine dernière, près de la tour Eiffel. Le petit forcené devait avoir deux ans et demi. Haut comme trois hamburgers l'un sur l'autre… Il avait déjà dans l'expression les signes de ce qu'on appelle un caractère. Il était tout en menton, la lèvre inférieure boudeuse et un regard de berger allemand mal dressé. Ses sourcils de soie, si volontaires, formaient le V d'une victoire qu'il sentait rageusement lui échapper.
Assis sur la chaussée, bras croisés, l'enfant faisait un caprice. Que lui avait-on refusé ? Une glace, les bras, son doudou crasseux, un calinou, une pause ? Je l'ignore. Peu de circulation, heureusement pour le père et pour l'enfant. Par sa trentaine fringante, ses manières délicates et sa façon de s'adresser à son fils, ce papa me fit l'impression d'être un de ces nouveaux pères aux prises avec la mise en pratique de la fameuse éducation positive. Il parlait à son fils en articulant, avec ce ton du notaire vous expliquant les finesses du droit des successions. Malgré ces précautions, véritable vitrine de la nouvelle parentalité, le petit teigneux s'obstinait à rester assis sur le bitume.
Cette scène, bien que banale, illustre les défis de la parentalité moderne. Entre fermeté et douceur, le père tentait de négocier avec un enfant de deux ans, un exercice qui demande des trésors de diplomatie. Une leçon pour tous les parents.



