La santé déclinante de Staline a-t-elle précipité sa chute ?
Staline : sa santé a-t-elle accéléré sa fin ?

Hypertension, artériosclérose, dîners arrosés jusqu’à point d’heure… Un diplomate étranger qui avait rencontré Staline en 1947, six ans avant sa mort, le comparait déjà à un vieillard fatigué. Malgré le manque de documents probants, on sait que des accidents vasculaires, causes d’évanouissements, l’avaient éprouvé depuis 1945. Au Kremlin, il préférait la retraite de ses datchas. Les rumeurs sur sa santé, à l’étranger comme en Russie, le mettaient en rogne. Et plus la « bête » paraissait fatiguée, plus elle s’accrochait à son art de faire régner la terreur parmi ses successeurs.

Les manœuvres politiques du dernier Staline

Molotov et Mikoyan étaient donnés favoris ? Lors du XIXe congrès du Parti de 1952, où il ne parla que sept minutes, Staline vitupéra contre leur « capitulation devant l’impérialisme ». Le Géorgien Beria fut ciblé à travers la déportation des Mingréliens de Géorgie. Après 1949, il fit la promotion de Khrouchtchev et Boulganine, tout en les brimant. Le Politburo fut supprimé sur son ordre, élargi à un vaste présidium de 25 membres que Mikoyan analysa assez lucidement : « Si entre deux congrès, cinq ou six personnes sur vingt-cinq disparaissaient, cela pourrait passer inaperçu. »

Un médecin personnel écarté

Bien entendu, il disposait d’un médecin personnel. Vladimir Vinogradov. Un éminent cardiologue, qui après un examen le 19 janvier 1952, insista pour qu’il renonce au pouvoir. Staline préféra renoncer à lui et le faire arrêter. Ne fut-il plus suivi jusqu’à l’attaque cérébrale, le 1er mars 1953, qui allait l’emporter ? « Aucun document d’archive n’a permis de l’établir clairement, aucun écrit ne mentionne son état de santé ni l’existence de soins médicaux », souligne son biographe Oleg Khlevniouk. Sa fille, Svetlana Allilouïeva, estima que cette absence de praticien aurait précipité son décès. Comment savoir ?

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Des blouses blanches comploteuses

Seule certitude : la violence de ses attaques contre le corps médical, qui débutèrent fin 1950 avec l’arrestation du docteur Jacob Etinguer. Après lui, Staline accabla des médecins « criminels », juifs pour la plupart, qui soignaient les plus hauts dirigeants soviétiques. Derrière ce complot imaginaire de praticiens, Staline ne visait pas uniquement les impérialistes américains et sionistes. Dans sa ligne de mire, en URSS, les patients de ces praticiens, des responsables de la sécurité d’État, qu’il accusa de ne pas avoir démasqué ce complot dit des « blouses blanches ». Car, dans la logique stalinienne, celui qui ne démasquait pas était soupçonné de faire partie du complot. Tel un ogre qui, sentant venir sa fin, s’offre un remède miracle, le dernier Staline envisagea une dernière saignée : un feu d’artifice final en forme de procès public prévu pour mars 1953, accompagné de déportations de Juifs au Birobidjan.

L'engrenage fatal

Mais l’engrenage des machinations s’arrêta net lorsqu’il s’écroula sur le tapis de sa chambre, le 1er mars 1953. Staline fut alors pris à son propre piège de la terreur. Les médecins étaient accusés depuis des mois d’être des « assassins en blouse blanche » ? Pourquoi faire appel à eux, estimèrent les dirigeants qui s’étaient précipités à sa datcha à l’annonce de son malaise. Malgré l’insistance des gardes du corps, ni Beria, ni Khrouchtchev, ni Boulganine ou Malenkov ne voulut prendre la responsabilité de faire venir des « assassins ». Il s’écoula quatorze heures avant que la bande des quatre ne consente à changer d’avis. Que ses successeurs aient aussi jugé plus raisonnable de ne rien faire n’est pas à exclure. Staline avait succombé à Staline.

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Conséquences de la santé sur le comportement

Quelle conséquence eut cette mauvaise santé sur son comportement final ? Le fidèle Molotov admettra dans un entretien en 1978 que le dernier Staline « n’était plus tout à fait en possession de ses moyens ». Les médecins appelés à son chevet allaient découvrir une grave détérioration des artères du cerveau sclérosées. « Je crois que la cruauté et le caractère excessivement soupçonneux de Staline, sa peur d’éventuels ennemis, son incapacité à juger la valeur des gens et à évaluer les événements, étaient, dans une certaine mesure, le résultat de cette artériosclérose. » N’est-ce pas tout lire au filtre du médical ? Staline n’avait-il pas manifesté ces traits de caractère bien avant ?