Son trop fort au cinéma : entre immersion et inconfort auditif
Son trop fort au cinéma : immersion ou inconfort ?

« J’avais tellement mal aux oreilles que j’ai failli sortir » : le son est-il devenu trop fort au cinéma ? Le son d’un film diffusé au cinéma peut être perçu comme trop fort selon certains spectateurs. Plafonné à 102 décibels au cinéma, le son peut représenter un enjeu de santé publique. Nous avons demandé à des spectateurs ce qu’ils en pensent et avons fait l’expérience nous-même. On vous raconte.

Des témoignages partagés

Vous êtes-vous déjà bouché les oreilles en regardant un film au cinéma ? Pour de nombreux spectateurs, l’expérience du grand écran devient parfois un calvaire sonore. Devant la borne d’achat de l’Odysseum de Montpellier, Souleymane, spectateur assidu, reconnaît : « Généralement, les dialogues ça va. Mais c’est vrai que dans les films d’action, au moment des scènes de bagarres, c’est un peu trop fort. J’ai l’impression qu’au fil des années, c’est de pire en pire. »

À la fin d’une séance dans ce même cinéma, Céline retire des bouchons d’oreilles en mousse : « C’est terrible, maintenant je ramène systématiquement mes boules Quies, sinon c’est insupportable. Quand j’ai vu le film Dune dans une autre salle, j’avais tellement mal que j’ai failli sortir. » Son compagnon, en revanche, n’a pas eu la même expérience : « Je suis peut-être moins sensible, mais j’ai trouvé que c’était correct. » Un avis partagé par Raoul, croisé dans les couloirs : « Je n’ai aucun problème avec le son. J’aime les films d’horreur et les thrillers, je viens justement pour l’expérience immersive : le siège, l’ambiance, et le son en 360 en fait partie. » « Moi, ça ne m’a jamais dérangée », complète enfin Nina.

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Une réglementation respectée ?

Pour en avoir le cœur net, nous avons mesuré le volume sonore lors d’une séance à l’Odysseum. Installé au centre de la salle pour obtenir le retour le plus homogène possible, le verdict tombe : pour les dialogues, le son oscille entre 70 et 96 décibels (dB). Pour les scènes d’action, en revanche, le volume grimpe jusqu’à un maximum de 99 dB. Aussi impressionnants que soient ces chiffres, la séance est pourtant parfaitement conforme à la loi.

Le « décret son » du 7 août 2017 (modifié par l’arrêté d’avril 2023) encadre strictement les salles de cinéma :

  • Un plafond général : le niveau sonore ne doit jamais dépasser 102 dB (A) sur une période de 15 minutes.
  • Les basses fréquences : elles sont limitées à 118 dB (C) pour éviter les vibrations excessives.
  • Le jeune public : pour les séances destinées aux enfants de 6 ans et moins, la loi est plus sévère, bridant le son à 94 dB (A).

Du côté des professionnels, on assure que le volume est sous contrôle. Sébastien Rodriguez, directeur du Cinéma Gaumont (Comédie) et Multiplexe (Odysseum) explique le protocole : « Chaque salle et chaque film sont vérifiés in situ dès leur première diffusion le mercredi matin par nos équipes afin d’ajuster, à la baisse ou à la hausse, le niveau sonore. » Pour Cédric Fayolle, directeur du CGR de Nîmes, la perception du bruit dépend aussi de l’architecture et des choix artistiques : « Chez nous, on est à 85 décibels max pour les voix et 82 décibels pour les sons d’ambiance. Mais certains réalisateurs demandent à pousser le son. On décide de le faire ou pas, mais le but reste d’offrir un rendu cinématographique. La sensibilité des spectateurs ou leur placement dans la salle font que le ressenti sera légèrement différent, sans que ce soit un problème technique. »

Un volume vraiment sans danger ?

Si les cinémas respectent la législation, ces niveaux restent-ils sans risque pour nos oreilles ? Pas tout à fait. Selon l’Association nationale de l’audition, « entre 80 et 110 dB, les risques de surdité s’accentuent avec la durée d’exposition. Au-delà de 110 dB, l’altération peut être immédiate. » À titre de comparaison, 80 dB correspondent au bruit d’un klaxon, 90 dB à une moto qui pétarade à proximité, et 100 dB à des écouteurs utilisés à pleine puissance.

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La loi impose une moyenne lissée sur 15 minutes : un pic rapide à 100 dB lors d’une explosion dans un film ne détruira pas votre audition. En revanche, si le film maintenait ce niveau pendant deux heures, le danger serait bien réel.

Les risques pour la santé sont nombreux et invisibles. « Le premier et le plus évident est la perte auditive. Elle se développe progressivement, sur des années, rendant sa détection précoce difficile sans tests réguliers, expliquent les Laboratoires Unissons. […] Les acouphènes sont un autre effet courant. Bien que souvent temporaires, ils peuvent devenir chroniques et affecter lourdement la qualité de vie. »

Pour continuer d’apprécier vos séances sans abîmer votre capital auditif et si vous êtes sensible : gardez une paire de bouchons d’oreilles dans la poche… et baissez le volume de vos écouteurs au quotidien.