Le gouvernement a annoncé jeudi le lancement du « parcours coordonné renforcé (PCR) enfance protégée », visant à améliorer la prise en charge sanitaire des enfants et adolescents confiés à l'Aide sociale à l'enfance (ASE). Ce dispositif s'inspire de deux expérimentations menées depuis 2019 : Pegase (pour les 0-6 ans) et Santé protégée (pour les 0-18 ans). Il concerne tous les enfants, adolescents et jeunes majeurs protégés de moins de 21 ans, qu'ils soient placés ou suivis à domicile.
Un bilan de santé systématique
Désormais, chaque enfant pris en charge par la Protection de l'enfance bénéficiera d'un bilan de santé complet. Des structures de coordination départementales veilleront à ce que les rendez-vous préconisés chez les spécialistes (ophtalmologiste, ORL, dentiste, etc.) soient effectivement pris. L'objectif est de détecter et traiter précocement les problèmes de santé souvent négligés chez ces jeunes aux parcours chaotiques.
Un accent majeur sur la santé mentale
L'un des apports essentiels du PCR concerne la santé mentale. Les jeunes pourront accéder à des psychologues et psychomotriciens en libéral, alors qu'ils dépendent actuellement des centres médico-psychologiques (CMP) saturés, avec des délais d'attente de 12 à 18 mois. Jusqu'à 18 séances annuelles de psychologie ou de psychomotricité seront désormais remboursées. Selon Mireille Rozé, coordinatrice adjointe de Pegase, l'expérimentation a montré qu'en cinq séances de psychomotricité, des enfants de deux ans ont retrouvé une trajectoire de développement qui était bloquée.
Des résultats probants
À Nantes, le dispositif Santé protégée a permis de proposer un suivi de santé sexuelle à des mineures de l'ASE victimes de réseaux de prostitution, et de trouver en deux mois des rendez-vous chez un psychologue pour des adolescents aux idées suicidaires. La pédiatre Nathalie Vabres, instigatrice de l'expérimentation, souligne que les éducateurs, qui suivent parfois une quarantaine d'enfants, n'ont pas le temps de prendre des rendez-vous pour chacun, et que les parents sont souvent accaparés par leurs propres difficultés. « Ces enfants sont moins bien suivis en santé que les enfants ordinaires alors qu'ils sont les plus vulnérables des vulnérables », observe-t-elle.
Un réseau de professionnels formés
Les structures de coordination vont bâtir un réseau de professionnels formés aux problématiques spécifiques de cette population. Santé protégée a créé une filière spéciale pour les enfants de l'ASE, incluant les hôpitaux de Nantes et Saint-Nazaire et des médecins de ville. Ce réseau a par exemple aidé une mère ayant fui les violences conjugales : ses enfants, suivis par les services sociaux, avaient peur de mourir. Sans médecin traitant ni moyens de payer un psychologue, la mère était démunie. « En deux mois, les enfants avaient un suivi avec des psychologues et un psychomotricien », explique Aline Ordureau, cheffe de projet à Nantes.
Des économies pour le système de santé
Une étude menée sur 600 enfants pris en charge par Pegase montre que 60 % étaient à risque de retard de développement à l'admission, contre 33 % après un an de suivi. Par ailleurs, selon une étude citée par Santé protégée, les hospitalisations et passages aux urgences ont significativement diminué, représentant une économie de 241 euros par an et par enfant de l'ASE. Pourtant, 400 000 mineurs, soit près de 2 % des 0-18 ans, sont en Protection de l'enfance, et ils occupent deux tiers des lits d'hospitalisation en pédopsychiatrie, selon le ministère.



