Sexualité conjugale : le Dr Collier dénonce la tyrannie des normes statistiques
Dans le domaine intime de la sexualité conjugale, les couples se réfèrent trop souvent à des normes statistiques qui n'ont pourtant aucune pertinence réelle. C'est le constat formulé par le Dr Francis Collier, ancien directeur du diplôme de sexologie à l'université de Lille et ancien président de la Fédération française de sexologie et de santé sexuelle.
La question essentielle : la satisfaction mutuelle
« Les gens qui viennent consulter se positionnent presque tout le temps par rapport à une norme », observe le spécialiste. « Et c'est une erreur fondamentale ». Pour le Dr Collier, la seule interrogation qui vaille véritablement est : « Êtes-vous satisfait l'un et l'autre ? Ou êtes-vous frustrés l'un et l'autre ? Ou l'un et pas l'autre ? ».
Le sexologue insiste sur un point crucial : si un couple se sent « parfaitement satisfait et comblé par sa sexualité », il ne doit absolument pas chercher à atteindre une quelconque norme statistique. Cette fameuse « moyenne » de deux à trois rapports par semaine constitue selon lui un indicateur trompeur pour plusieurs raisons :
- Les personnes interrogées dans les sondages ont tendance à exagérer leurs performances sexuelles
- Le calcul statistique lui-même est souvent biaisé : « si on prend un couple qui a un rapport par mois et un couple qui a un rapport par jour, et qu'on en conclut que la moyenne, c'est un rapport tous les quinze jours, c'est une ineptie statistique »
Une variabilité considérable selon les couples et les circonstances
Le Dr Collier préfère mettre en avant l'extrême variabilité de la fréquence des rapports sexuels :
- Elle diffère radicalement d'un couple à l'autre
- Au sein d'un même couple, elle fluctue en fonction de nombreux paramètres :
- L'âge des partenaires
- L'ancienneté de la relation
- L'époque et le contexte social
- Les circonstances de vie spécifiques
Les périodes de vie qui influencent la sexualité conjugale
Plusieurs étapes ou situations particulières peuvent significativement modifier la dynamique sexuelle d'un couple :
La grossesse représente une période particulièrement révélatrice. Certaines futures mamans se concentrent sur leur ventre et voient leur désir diminuer, tandis que des futurs papas éprouvent une peur inconsciente de faire mal au bébé. « Résultat : il n'y a aucune sexualité pendant cette période », note le spécialiste. À l'inverse, certaines femmes connaissent une exacerbation du désir pendant les premiers mois. Dans les couples en désir d'enfant, on observe souvent une concentration des rapports autour de l'ovulation.
La ménopause constitue une autre période charnière. Si les femmes sont libérées du souci contraceptif, le poids symbolique de cette transition et les symptômes liés au bouleversement hormonal peuvent temporairement affecter l'activité sexuelle. Cependant, « à distance de la ménopause, on constate parfois une nouvelle énergie sexuelle au sein des couples ».
La santé joue également un rôle déterminant. Un événement cardiaque chez un homme de quarante ans s'accompagne fréquemment d'une baisse de fréquence des rapports. La peur de la maladie peut également influencer la sexualité conjugale.
Le stress représente un facteur majeur d'influence. « S'il arrive parfois que les couples augmentent la fréquence des rapports pour se rassurer, se réconforter, le plus souvent la préoccupation professionnelle ou familiale occupe tout le champ psychologique », explique le Dr Collier. Cette occupation mentale intensive laisse alors peu d'espace pour l'intimité physique.
La communication et le recours à un spécialiste
Pour le sexologue, la « fréquence normale » se définit simplement comme « celle qui convient à tous les deux ». Lorsque les deux partenaires ne se trouvent pas sur la même longueur d'onde, la communication ouverte devient essentielle. Si les discussions ne suffisent pas, consulter un professionnel s'avère souvent nécessaire.
Seul un thérapeute formé et compétent peut déterminer si le couple fait face à :
- Un asynchronisme de désir fondamental (« je n'ai plus envie de toi »)
- Un asynchronisme lié à des éléments extérieurs (travail, enfants, stress) qui perturbent temporairement le désir
Le processus thérapeutique nécessite généralement plusieurs séances, durant lesquelles le spécialiste reçoit à la fois le couple ensemble et chaque partenaire individuellement. « Il faut en général quatre ou cinq séances pour avoir tous les éléments du puzzle », précise le Dr Collier. Cette approche permet de distinguer les difficultés superficielles (comme un stress professionnel ou des conflits domestiques) des problèmes plus profonds nécessitant une prise en charge spécifique.



