Santé des jeunes : pourquoi l'activité physique dès l'enfance est cruciale
La pratique sportive contribue indéniablement au maintien d'une bonne santé. Cependant, celle-ci dépend également de nombreux paramètres tout au long de l'existence. La santé, définie par l'Organisation mondiale de la Santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social », constitue le bien le plus précieux. En tant que prérequis à la quasi-totalité des activités humaines, elle représente un droit fondamental.
Pourtant, de nombreuses idées reçues persistent concernant les moyens de la préserver. Les adultes pensent souvent être seuls responsables de leur santé, ce qui est une erreur. En réalité, la construction et la préservation de la santé s'opèrent tout au long de la vie, résultant d'interactions complexes entre facteurs génétiques, épigénétiques, environnementaux et comportementaux.
Les fondations de la santé : de la vie embryonnaire à la petite enfance
Il est désormais établi que la période fœtale et la prime enfance, notamment les fameux « mille premiers jours », sont capitales pour le développement futur de l'adulte. De nombreuses études épidémiologiques ont révélé l'influence de l'environnement précoce – physique, chimique, nutritionnel et psychosocial – sur la santé immédiate et future.
Cette reconnaissance a donné naissance à la DOHaD (« Origine développementale de la santé et des maladies »). Ainsi, l'exposition d'une femme enceinte à des substances toxiques, qu'elles soient consommées volontairement (alcool, tabac) ou présentes accidentellement dans l'eau, l'alimentation ou l'air, peut avoir des effets délétères durables sur sa descendance, parfois au-delà de la première génération.
La petite enfance, allant du développement prénatal jusqu'à huit ans, représente la période la plus cruciale. Ce développement juvénile – physique, social, émotionnel, linguistique et cognitif – influence profondément l'apprentissage de base, la réussite scolaire, la participation économique, l'inclusion sociale et la santé.
L'alimentation et l'activité physique : des enjeux majeurs pour la jeunesse
En France, les jeunes sont globalement en bonne santé, mais l'augmentation constante du surpoids et de l'obésité chez l'enfant constitue un réel enjeu de santé publique. L'étude Obépi-Roche 2020 révèle que 34% des enfants de 2 à 7 ans sont en surpoids et 18% obèses. Pour les 8-17 ans, ces chiffres sont respectivement de 21% et 6%.
L'obésité est inégalement répartie : 57% des enfants concernés ont un parent obèse, 62% sont des garçons, et 75% sont issus de catégories populaires et inactives. Les recommandations de l'OMS mettent en avant le rôle déterminant de la nutrition, du sommeil et de l'activité physique, mais leur application varie selon le niveau de développement des pays.
Le déclin alarmant de l'activité physique chez les jeunes
Si les jeunes restent le groupe d'âge le plus actif en France, leur niveau d'activité demeure insuffisant. Les cours d'éducation physique et sportive (EPS) et les pratiques de loisir ne compensent pas la diminution de l'activité dans la vie quotidienne.
En 2008, seul 50% des jeunes Français atteignaient le niveau d'activité physique prescrit par le Programme national nutrition santé. L'enquête Esteban (2014-2016) confirme ces données : seulement 51% des garçons et 33% des filles âgés de 6 à 17 ans respectent les recommandations de l'OMS.
Ces chiffres masquent de fortes disparités : 40 à 60% des jeunes ne pratiquent aucune activité physique en dehors de l'EPS obligatoire. De plus, dès l'âge de 4 ans, les filles ont une pratique significativement plus faible que les garçons, écart qui persiste à l'adolescence.
Les causes de la sédentarité croissante
Nos sociétés industrialisées sont fortement impactées par la sédentarité, caractérisée par une réduction drastique des mouvements et une dépense énergétique proche du repos. Cette tendance s'explique par la tertiarisation des emplois, l'augmentation des déplacements passifs et l'essor du numérique.
Les enfants passent désormais entre 2h30 et 5 heures par jour devant des écrans, amputant d'autant le temps consacré au mouvement – qui devrait être d'au moins 60 minutes quotidiennes pour les 5-17 ans. Pire, durant le premier confinement de 2020, les activités sédentaires ont augmenté de près de 50%, passant de 22,6 à 33,3 heures par semaine.
Les bénéfices incontestables du sport pour la santé
Chez l'adulte, l'augmentation de l'activité physique procure un bénéfice plus élevé pour les sujets inactifs ou modérément actifs que pour les sportifs. Chez les enfants et adolescents sains, cette relation « dose-réponse » est moins clairement établie, mais un style de vie actif pendant l'enfance favorise son maintien à l'âge adulte.
L'activité physique pendant la croissance induit des effets positifs durables : renforcement osseux, amélioration des endurances musculaire et cardiorespiratoire, développement de l'agilité, de l'équilibre et de la souplesse. Inversement, l'inactivité contribue fortement au surpoids et à l'obésité, facteurs délétères pour la santé.
Les bénéfices sont également avérés pour les jeunes présentant certaines pathologies comme l'obésité, le syndrome métabolique, l'hypertension essentielle, l'anxiété, la dépression ou certains cancers.
Combattre les idées reçues sur les capacités physiques des enfants
Pour redonner aux enfants leur liberté de mouvement, il est essentiel de connaître leurs aptitudes et limites réelles. Contrairement aux croyances, les enfants sont physiologiquement comparables à des athlètes de haut niveau.
Le potentiel en endurance aérobie d'un enfant de 8 ans est supérieur à celui qu'il aura à l'adolescence ou à l'âge adulte. Les enfants sont plus résistants à la fatigue et récupèrent plus vite des efforts intenses de courte durée. Ils ne sont pas inaptes aux efforts en résistance, comme on l'a longtemps cru.
Certains parents considèrent le temps de jeux actifs ou de sport comme du temps perdu pour les études. Pourtant, la recherche prouve le contraire : augmenter l'EPS n'a aucune incidence négative sur la réussite scolaire et peut même l'améliorer grâce à une meilleure attention et une plus grande estime de soi. Le plaisir reste le principal moteur de la pratique physique, il est donc crucial de laisser les enfants choisir des activités qui les gratifient.
Un défi de santé publique encore trop négligé
Un niveau élevé d'activité physique tout au long de la vie, débutant dans l'enfance, permet de repousser l'entrée dans la dépendance avec l'âge. L'activité physique est bel et bien la clé d'un vieillissement en bonne santé, avec des bénéfices immédiats et futurs.
Malgré l'accumulation de preuves scientifiques, une grande partie de la population, jeunes inclus, demeure physiquement inactive. En France, l'un des défis majeurs en santé publique est de rehausser le niveau d'activité physique pour l'ensemble de la population, particulièrement les jeunes, en l'adaptant à leur bagage génétique et à leurs besoins de santé présents et futurs.
De nombreux programmes donnent des repères précis sur les habiletés motrices à cibler et les modalités de pratique. Le défi ne pourra être relevé qu'en renforçant le rôle des divers acteurs, notamment en milieu scolaire via les jeux et l'EPS, sans oublier le rôle primordial de la famille par l'exemple qu'elle donne.



