Fin janvier, la parution d'une étude sur le cancer du pancréas avait été largement reprise par les médias du monde entier, suscitant l'espoir chez de nombreux malades atteints de ce cancer réputé difficile à traiter. Pourtant, cette étude vient d'être rétractée, c'est-à-dire retirée, de la prestigieuse revue scientifique PNAS, comme l'annonce le quotidien espagnol El Pais.
Un conflit d'intérêts non déclaré
L'Académie nationale des sciences des États-Unis, qui édite PNAS, a découvert que trois coauteurs de l'étude, Mariano Barbacid, un biochimiste espagnol réputé, Carmen Guerra et Vasiliki Liaki, n'avaient pas déclaré ce qu'elle a considéré comme un conflit d'intérêts. Les trois scientifiques « ont des intérêts financiers dans Vega Oncotargets », a écrit PNAS le 27 avril. Vega Oncotargets est une entreprise créée pour mener des recherches contre le cancer du pancréas.
Un processus de publication controversé
L'article soumis par les scientifiques espagnols à la revue américaine avait fait l'objet d'une relecture différente du processus habituel de publication. Au lieu de soumettre leur étude et d'attendre qu'elle soit relue puis validée par d'autres scientifiques, celle-ci avait été examinée par des chercheurs choisis par les auteurs eux-mêmes. La revue autorise les membres de son académie à publier par ce biais. Mariano Barbacid, l'un des coauteurs, est membre de l'académie. PNAS estime que les chercheurs auraient dû emprunter la voie habituelle pour être publiés.
Des résultats prometteurs chez 45 souris
L'étude, publiée le 2 décembre 2025, était passée relativement inaperçue jusqu'à ce que Mariano Barbacid organise une conférence de presse le 27 janvier pour la présenter, note El Pais. L'annonce était prometteuse : les chercheurs avaient réussi à éliminer des cancers du pancréas chez 45 souris en ayant recours à une triple thérapie. Les chercheurs avaient observé des régressions des tumeurs chez les animaux, qui étaient ensuite restées plus de 200 jours sans réapparition du cancer.
Cette annonce avait suscité un grand espoir, alors que ce cancer figure parmi ceux avec le taux de survie le plus bas. Toutefois, comme pour toute recherche, il y avait encore un chemin considérable à parcourir entre des résultats obtenus chez des souris et une application chez l'humain. La rétractation de l'étude soulève des questions sur l'intégrité scientifique et la nécessité de déclarer tout conflit d'intérêts dans les publications de recherche.



