Pourquoi pleure-t-on de joie ? Les neurosciences expliquent ce paradoxe
Pleurer de joie : le mécanisme neuroscientifique expliqué

Vous venez d’apprendre une grande nouvelle, votre cœur s’emballe, votre sourire s’étire. Puis soudain, sans crier gare, vos yeux débordent de larmes. La scène paraît banale, presque attendue. Le cinéma en a fait un classique, la littérature un topo, la musique un refrain. « I’m so happy I could cry », chantait même l’américain Frank Zappa, alors qu’il retrouvait sa petite amie après des mois de séparation. « Et je ne la laisserai plus jamais… » Personne ne s’étonne de ce que l’humain « pleure de joie ». S’il arrive qu’elle manifeste des émotions diverses (les retrouvailles peuvent aussi raviver le chagrin de l’absence) sinon une ambivalence inconsciente, la réaction apparaît pourtant contradictoire... Les neurosciences s’y intéressent d’ailleurs de près. Et si cela peut sembler contre-intuitif, ces larmes, expliquent-elles, constituent d’abord une forme de rempart contre le débordement émotionnel.

Un mécanisme similaire au « rire nerveux »

À l’œuvre : un mécanisme physiologique visant à restaurer l’équilibre (ou « homéostasie ») de notre système nerveux. Face à un trop-plein d’émotions (quelles qu’elles soient), nos pleurs agissent comme un régulateur tenu de ramener le cerveau, débordé par l’intensité du signal, à son état initial. Ils stimulent le système nerveux parasympathique (chargé de la récupération et du repos), ralentissent le rythme cardiaque et favorisent l’apaisement.

À cela s’ajoute un autre mécanisme, chimique. Pour peu qu’on pleure de joie après une période d’angoisse ou d’incertitude (et il fait ici peu de doutes que notre chanteur se soit inquiété de ne jamais retrouver l’être aimé), les larmes éliminent avec elles des hormones de stress (comme le cortisol) et libèrent des antalgiques naturels (comme les endorphines ou les enképhalines). Lesquels aident encore à la transition de l’euphorie débordante vers le calme serein…

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Les travaux de l’Université de Yale

Une équipe de chercheurs en psychologie de l’Université de Yale (États-Unis), dont l’étude était publiée dans la revue Psychological Science en 2014, s’est longuement intéressée à ces pleurs, ou « expressions dimorphes » (qui peuvent être de deux natures). Menée sur des volontaires en situation de « joie intense » (victoire sportive, rencontre avec un nouveau-né, remise de diplôme…), elle visait alors à observer les réactions des plus émus d’entre eux.

La voie de la flexibilité et de l’apaisement

Conclusion : non seulement les larmes « des personnes submergées par des émotions positives » venaient opérer le rééquilibrage attendu, mais elles leur permettaient aussi de retrouver plus rapidement leur « équilibre émotionnel ». Elles répondaient, en outre, au même mécanisme que celui d’autres réactions contradictoires comme le « rire nerveux » ou le « sourire tendu ». Signe que le rééquilibrage n’était pas propre au seul sentiment de joie ou de bonheur…

Et ces mécanismes n’ont pas attendu les neurosciences (ni les chansons d’amour de Frank Zappa) pour opérer : bien avant le nôtre, les « expressions dimorphes » protégeaient le cerveau de nos ancêtres contre le trop-plein émotionnel. Fruits d’une adaptation évolutive, elles empêchaient alors que de trop fortes émotions (quelles qu’elles soient) n’épuisent leurs ressources énergétiques et ne viennent les distraire ou les paralyser en cas de survenue d’un danger.

Ces menaces ancestrales immédiates ne sont, certes, plus les nôtres. Mais les émotions fortes restent sources de surcharge émotionnelle potentielle et les réponses mises en place (qu’il s’agisse de pleurs de joie, de rires nerveux ou de sourires tendus) demeurent utiles : elles garantissent notre flexibilité psychologique et notre apaisement physiologique. Non plus pour nous défendre des griffes d’un prédateur, mais pour nous ramener (doucement) à nous-mêmes...

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