Le parapluie sonore immersif révolutionne le diagnostic auditif
Parapluie sonore immersif : révolution du diagnostic auditif

Et si le diagnostic auditif pouvait inclure la capacité à isoler une voix au milieu d’une foule, ou à repérer d’où vient un son ? C’est le défi relevé par Cordélia Fauvet, orthophoniste et doctorante au laboratoire CoBTeK de l’Université Côte d’Azur. Lors des « Mardis de CreApolis » à Biot, elle a dévoilé un dispositif immersif innovant aux côtés de deux autres projets de pointe : une étude sur la spatialisation sonore à 360 degrés et une expérimentation de robotique d’assistance.

Un système immersif à 360 degrés

Le « parapluie sonore immersif » a été conçu dans le cadre d’un consortium réunissant plusieurs acteurs de la recherche azuréenne, avec l’appui du centre XR2C2 (Extended Reality Research and Creative Center) de l’Université Côte d’Azur. Composé de 19 haut‑parleurs, il ne se contente pas de diffuser du son : il recrée une architecture acoustique à 360 degrés pour plonger le patient dans une réalité sonore totale. Actuellement, installé de façon expérimentale au Centre Mémoire de Ressources et de Recherche (CMRR) de l’Institut Claude Pompidou à Nice, il vise à débusquer des troubles plus subtils que ceux mis en évidence par l’audiométrie traditionnelle. Comme le souligne Cordélia Fauvet, « l’objectif est de comprendre comment les variations de l’environnement sensoriel — bruit, densité sonore, spatialisation — modifient la perception de la parole et les capacités auditives au quotidien. »

Une immersion en trois étapes

Concrètement, le participant s’installe au centre du dispositif, guidé par une tablette interactive, et devient acteur de son propre bilan auditif. Le protocole se déroule en trois épreuves de haute précision. La première confronte le sujet à la parole dans le bruit, une situation de la vie quotidienne où plusieurs voix entourent une phrase cible à retrouver. Le deuxième exercice teste la localisation spatiale : il s’agit d’identifier d’où vient un son. « Est‑ce que le son vient de derrière moi, devant moi, ma gauche, ma droite, mais aussi la localisation verticale ? », précise Cordélia Fauvet pour illustrer la difficulté de l’épreuve. Enfin, le test de trajectoire sonore demande de suivre un son en mouvement, en répondant à une question simple mais fondamentale : « Est-ce que je suis capable de percevoir que le son part de ma gauche et va à ma droite ? »

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Le paradoxe des musiciens et la plainte invisible

Si le projet s’adresse à tous, il concentre pour l’instant son attention sur les musiciens, une population au profil atypique : une oreille extrêmement entraînée, mais soumise à une exposition sonore intense et répétée. Le dispositif apporte ici des réponses précises à un malaise souvent invisible. « En effet, un musicien compense naturellement ses pertes auditives, rendant ses troubles indécelables lors d’examens standards. Le parapluie sonore intervient là où les tests classiques s’arrêtent, révélant des nuances de perception sonore que le patient ressent sans pouvoir les quantifier. »

Rempart contre le déclin cognitif

Au sein du CMRR à Nice, ce projet explore une corrélation majeure : celle qui unit l’oreille au cerveau. Loin d’être anodine, la perte auditive agit comme un accélérateur de maladies neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson. « On sait aujourd’hui que déclin cognitif et troubles de l’audition sont étroitement liés », rappelle la chercheuse. En effet, la difficulté à communiquer fatigue le cerveau et pousse à l’isolement social. Grâce au parapluie sonore, les médecins espèrent désormais détecter ces signaux d’alerte au plus tôt pour intervenir avant que la dégradation ne s’installe.

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Un outil polyvalent

À terme, l’objectif du projet est de faire du parapluie sonore un outil pleinement nomade. « Léger et transportable, il est conçu pour sortir des laboratoires afin d’être déployé directement dans les établissements de santé, au plus près des patients. » Si les tests actuels confirment son efficacité, ce dispositif pourrait devenir un outil de rééducation polyvalent. Il ne se contenterait pas de tester l’audition, mais permettrait une véritable stimulation auditivo-cognitive. « En clair, il s’agirait d’entraîner le cerveau et l’oreille à travailler de concert pour mieux décoder les sons complexes, faciliter la compréhension de la parole dans le bruit et renforcer la mémoire de l’espace sonore (la capacité à se situer grâce aux bruits environnants). »