Le cri d'alarme d'un psychopathologue sur le masculinisme radical : « Le drame est imminent »
Alexandre Ledrait, spécialiste des radicalités, alerte sur l'urgence de mettre en place une large campagne de prévention ainsi que des structures d'accueil pour traiter les adolescents séduits par les discours de haine envers les femmes. Propos recueillis par Arnaud Gonzague.
Ils sont 10 millions en France. Dix millions à partager tout ou partie des discours de l'idéologie masculiniste, selon le Haut Conseil à l'Égalité (HCE). C'est-à-dire presque aussi nombreux que les fumeurs quotidiens de tabac (11 millions) ! Il n'est donc pas excessif de parler de « fléau ». Même la Direction générale du Renseignement intérieur (DGSI) alertait récemment sur « une potentialité terroriste forte ».
Mais qu'en est-il des structures d'accueil médicales qui pourraient accompagner les adolescents séduits par les discours haineux de la manosphère ? Elles sont pratiquement inexistantes en France, alerte Alexandre Ledrait, professeur des universités en psychopathologie clinique à l'université de Caen. Pour lui, « les pouvoirs publics ne comprennent pas que les jeunes tentés par le masculinisme radical sont d'abord des sujets dont la souffrance a été instrumentalisée », notamment via des contenus en ligne.
Une souffrance instrumentalisée en ligne
Selon Alexandre Ledrait, les adolescents vulnérables sont exposés à des contenus en ligne qui exploitent leurs difficultés personnelles. « Ces jeunes sont souvent en proie à un mal-être profond, à un sentiment d'isolement ou d'injustice. Les discours masculinistes leur offrent des explications simplistes et des boucs émissaires, notamment les femmes », explique-t-il. Cette instrumentalisation de la souffrance rend d'autant plus cruciale la mise en place de structures d'accueil adaptées.
Le psychopathologue insiste sur l'urgence d'agir : « Le drame est imminent si nous ne mettons pas en place des mesures de prévention et d'accompagnement. Il ne s'agit pas seulement de lutter contre des idées, mais de prendre en charge des jeunes en détresse. » Il appelle à une campagne nationale de sensibilisation et à la création de centres spécialisés, à l'image de ce qui existe pour d'autres formes de radicalisation.
Un phénomène sous-estimé par les pouvoirs publics
Malgré les alertes répétées, les pouvoirs publics tardent à réagir. « Il y a une méconnaissance du phénomène et une tendance à le minimiser », déplore Alexandre Ledrait. Pourtant, les chiffres du HCE et les mises en garde de la DGSI montrent l'ampleur du problème. Le spécialiste recommande une approche pluridisciplinaire, alliant prévention en milieu scolaire, formation des professionnels de santé et création de lieux d'écoute pour les adolescents.
« Nous devons agir maintenant, avant que la situation ne devienne incontrôlable », conclut-il. Un appel entendu par certains élus, mais qui reste encore largement ignoré au niveau national.



