La justice américane s'oppose à la politique vaccinale de Robert F. Kennedy Jr
« La science est loin d’être un instrument parfait de connaissance. C’est simplement le meilleur dont nous disposons. À cet égard, comme à bien d’autres, elle ressemble à la démocratie. » Ces mots, extraits de l’ouvrage The Demon-Haunted World : Science as a Candle in the Dark de l’astrophysicien Carl Sagan, ont été cités par le juge Brian Murphy dans sa décision du 16 mars 2026. Cette décision judiciaire a invalidé la politique vaccinale du secrétaire à la Santé américain, Robert F. Kennedy Jr, un vaccinosceptique notoire aux penchants complotistes.
Un contexte de remise en cause des recommandations vaccinales
Nommé à la magistrature fédérale par l’ancien président démocrate Joe Biden, le juge Murphy siège au tribunal de district des États-Unis pour le Massachusetts, basé à Boston. Sa décision fait suite à une action en justice intentée par six organisations médicales de premier plan, dont l’Académie américaine de pédiatrie, contre le secrétaire à la Santé et le ministère fédéral de la Santé et des Services sociaux. Ces institutions critiquent les modifications arbitraires apportées par Kennedy et son équipe au calendrier vaccinal infantile, ainsi que les décisions limitant l’accès aux vaccins et réduisant drastiquement le nombre de vaccinations, qu’elles jugent non scientifiques et nuisibles à la santé publique.
Des nominations controversées au sein de l'ACIP
En juin 2025, Robert F. Kennedy Jr a limogé les 17 membres de l’Advisory Committee on Immunization Practices (ACIP), un panel d’experts chargé des recommandations vaccinales aux États-Unis, pour les remplacer par des « scientifiques » alignés sur ses vues vaccinosceptiques. Depuis, ce nouveau comité a annulé plusieurs recommandations, notamment celle concernant la vaccination des nouveau-nés contre l’hépatite B, pourtant préconisée par l’Organisation mondiale de la santé depuis 1997 et obligatoire en France pour les enfants nés à partir de 2018. De plus, certains membres ont suggéré, en ignorant le consensus scientifique, que les vaccins contre le Covid-19 étaient mortels et devraient être retirés du marché.
Un procès en incompétence mené par le juge Murphy
Dans son jugement, le juge Murphy souligne que la politique vaccinale est une mission fondamentale de santé publique, nécessitant des experts compétents. Il rappelle que la charte de l’ACIP exige que ses membres possèdent une expertise spécifique en matière de vaccination, de recherche clinique ou d’évaluation de l’innocuité des vaccins. Or, sur les quinze membres actuels, seuls six semblent avoir une expérience significative, tandis qu’au moins six autres n’ont aucune qualification pertinente, et trois manquent des compétences requises. Le juge conclut que ces nominations rendent l’ACIP incompétent pour sa mission de lutte contre les maladies évitables par la vaccination.
Une opposition scientifique et politique croissante
Cette situation a suscité une vive opposition, comme en témoigne une lettre ouverte signée en décembre 2024 par 77 prix Nobel, dont Drew Weissman, lauréat 2023 pour ses travaux sur les vaccins à ARN messager. Ils dénonçaient la nomination de Kennedy, opposant historique à des vaccins essentiels comme ceux contre la rougeole et la polio. Parallèlement, d’autres domaines scientifiques sont touchés par le déni, comme l’illustre Lee Zeldin, administrateur climatosceptique de l’Agence de protection de l’environnement, critiqué par plus de 160 organisations pour avoir trahi la mission de l’agence.
Conclusion : préserver la flamme de la science
La société américaine fait face à un charlatanisme institutionnel, où des hauts responsables ignorent la rigueur scientifique. Comme le souligne le sous-titre du livre de Sagan, Science as a Candle in the Dark, il est crucial que la justice et les scientifiques continuent à défendre cette lumière essentielle pour la santé publique et l’environnement.



