Hyperphagie : un trouble alimentaire sous-diagnostiqué
Hyperphagie : sous-diagnostic d'un trouble alimentaire

Un trouble méconnu et pourtant fréquent

Pendant des années, Marie a cru qu'elle avait simplement un problème de gourmandise. Comme elle, des milliers de Français souffrent d'hyperphagie boulimique sans le savoir. Ce trouble alimentaire, caractérisé par des épisodes de consommation excessive et incontrôlée de nourriture, touche environ 3% de la population, soit près de deux millions de personnes en France. Pourtant, il reste largement sous-diagnostiqué.

Qu'est-ce que l'hyperphagie boulimique ?

L'hyperphagie boulimique se manifeste par des crises au cours desquelles la personne ingère une grande quantité de nourriture en peu de temps, avec une sensation de perte de contrôle. Contrairement à la boulimie, ces crises ne sont pas suivies de comportements compensatoires comme les vomissements ou l'utilisation de laxatifs. Les patients ressentent souvent une honte intense et une détresse après les épisodes, ce qui les pousse à manger en cachette.

Le docteur Jean-Michel Lecerf, chef du service nutrition à l'Institut Pasteur de Lille, explique que ce trouble est souvent confondu avec un simple manque de volonté. "Les patients souffrent en silence, pensant qu'ils sont responsables de leur état. Or, l'hyperphagie est une pathologie complexe qui implique des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux."

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Un diagnostic tardif aux conséquences graves

Le sous-diagnostic de l'hyperphagie a des conséquences importantes sur la santé physique et mentale. Les personnes atteintes présentent un risque accru d'obésité, de diabète de type 2, d'hypertension et de troubles cardiovasculaires. Sur le plan psychologique, elles souffrent fréquemment de dépression, d'anxiété et d'une faible estime de soi.

Le parcours de Marie est emblématique. Pendant quinze ans, elle a consulté plusieurs médecins sans que son trouble soit identifié. "On me disait de faire attention à mon alimentation, de faire du sport. Personne ne m'a parlé d'hyperphagie. J'ai découvert ce terme par hasard sur Internet." Aujourd'hui, elle suit une thérapie cognitive et comportementale qui l'aide à gérer ses crises.

Des traitements existent

La bonne nouvelle est que l'hyperphagie se soigne. Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) sont particulièrement efficaces pour aider les patients à identifier les déclencheurs de leurs crises et à développer des stratégies d'adaptation. Dans certains cas, des médicaments comme le lisdexamfétamine, un psychostimulant, peuvent être prescrits pour réduire la fréquence des épisodes.

Le docteur Lecerf insiste sur l'importance d'une prise en charge précoce. "Plus on attend, plus le trouble s'installe et plus il est difficile de le traiter. Il est essentiel que les médecins généralistes soient formés à reconnaître les signes de l'hyperphagie."

Briser le silence

Les associations de patients, comme l'AFDAS (Association Française pour le Développement de l'Approche Spécifique dans les Troubles du Comportement Alimentaire), œuvrent pour briser le tabou qui entoure ce trouble. Elles organisent des groupes de parole et des campagnes d'information pour sensibiliser le grand public et les professionnels de santé.

Pour Marie, le chemin est encore long, mais elle a repris espoir. "Savoir que je ne suis pas seule et que ce n'est pas de ma faute a tout changé. Aujourd'hui, je peux parler de mon trouble sans honte."

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