Le tribunal a condamné l’ancien délégué syndical de la Fromagerie des Chaumes à dix mois de prison avec sursis pour des faits de harcèlement sexuel commis sur son lieu de travail. Ces actes, dénoncés par six jeunes femmes soutenues par plusieurs collectifs féministes, ont été reconnus par la justice jeudi 30 avril. L’homme de 57 ans, aujourd’hui employé communal dans un village de Soule, a été jugé coupable de harcèlement sexuel entre 2016 et 2018 dans cette entreprise de Mauléon-Licharre, puis entre 2022 et 2023 aux Chalets d’Iraty.
Des faits longtemps contestés
Lors de l’audience du 30 mars, le prévenu avait reconnu les faits du bout des lèvres, préférant évoquer un humour potache au sein de l’usine. Marié et père de deux enfants, il avait nié toute agression sexuelle, contestant avoir touché les hanches, les fesses ou les seins des plaignantes, ou tenté de les embrasser. Il assurait n’avoir jamais bloqué une femme contre un mur ou un frigo pour obtenir une faveur.
Des victimes enfin entendues
Cindy, l’une des six plaignantes, a confié au tribunal : « Ses gestes et ses paroles ont détruit ma vie. » Le représentant du ministère public a dit avoir eu « la nausée » en lisant le dossier. La condamnation inclut une inscription au fichier des auteurs d’infractions sexuelles (FIJAISV). Pour Anaïs, 37 ans, qui a lancé l’alerte et porté plainte, « cette condamnation montre que nous n’étions pas des menteuses ». Elle souligne l’importance d’avoir été crues et reconnues comme victimes.
Prescription et relaxe partielle
La justice a considéré que les faits antérieurs au 1er février 2018 étaient prescrits. Me Stéphanie Germa, avocate des parties civiles, précise : « Cela ne veut pas dire que les faits n’ont pas eu lieu, mais que la justice ne peut pas se prononcer à leur sujet. » Une relaxe a été prononcée pour les faits de harcèlement sexuel aux Chalets d’Iraty, jugés « insuffisamment caractérisés ». Le condamné a dix jours pour faire appel.
Un soulagement après six années de procédure
À la sortie du tribunal, Anaïs et Clémence ont exprimé leur soulagement. « Durant six ans, nous sommes passées pour des menteuses. Beaucoup de collègues ne me reparlent que depuis l’audience de mars », témoigne Anaïs, seule plaignante encore employée à la Fromagerie des Chaumes. Clémence regrette la prescription des faits de ses anciennes collègues, mais se réjouit que ses propres agressions aient été reconnues.
Anaïs lance un appel à toutes les femmes victimes de harcèlement sexuel : « Il faut parler. » Elle a trouvé le courage grâce à l’association Partageons nos silences, créée en 2021 par Aurélie Bergerot à Arette. « J’ai pu me reconnaître comme victime grâce au groupe de parole de l’association. Au boulot, tout le monde se retournait contre nous alors on ne savait plus à qui faire confiance. À l’association, nous sommes entre victimes et enfin on est cru et on retrouve cette confiance. »



