Hantavirus : la gestion américaine du MV Hondius critiquée
Hantavirus : gestion américaine du MV Hondius critiquée

Pour la Maison-Blanche, le foyer d’hantavirus détecté à bord du navire de croisière MV Hondius semblait d’abord relever d’une crise lointaine. Parti d’Argentine le 1er avril avec environ 150 passagers à bord, ce bateau battant pavillon néerlandais a été immobilisé aux Canaries après être devenu le théâtre d’une épidémie meurtrière : trois passagers sont morts et plusieurs autres ont été contaminés. Au fil des jours, le navire a peu à peu attiré l’attention du monde entier. Et l’affaire concerne directement les États-Unis, où les autorités sanitaires sont accusées d’avoir tardé à réagir.

Dans la nuit du dimanche 10 au lundi 11 mai, dix-sept passagers américains encore présents à bord ont été rapatriés depuis Tenerife vers les États-Unis. Ils ont été transférés dans une unité nationale de quarantaine installée au sein du centre médical de l’université du Nebraska, à Omaha. L’un d’entre eux a été testé positif au virus, un autre présente des symptômes légers. Créé dans les années 1990 pour accueillir notamment des cas d’Ebola, le centre fonctionne selon un protocole strict : surveillance médicale permanente, absence de visites et limitation maximale des contacts extérieurs. La durée de leur séjour dans cette structure n'a pas été précisée.

Une réponse tardive du CDC

Malgré ces mesures prises, la gestion du Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), l’agence chargée des crises de santé publique aux États-Unis, étonne. Les croisiéristes les moins exposés pourraient être autorisés à rentrer chez eux s’ils le souhaitent, tout en restant en contact avec les autorités sanitaires locales, a ainsi expliqué sur CNN Jay Bhattacharya, le directeur par intérim du CDC. Par ailleurs, l'agence n’a publié sa première notice d’information officielle que mercredi dernier, près d’un mois après le décès du premier passager à bord, le 11 avril, et alors que l’affaire faisait déjà la une des médias internationaux depuis plusieurs semaines.

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Un risque d'épidémie « extrêmement bas »

Entre-temps, le navire avait erré dans l’Atlantique et certains passagers avaient quitté le bateau avant sa mise en quarantaine. C’est notamment le cas de sept Américains descendus du Hondius le 24 avril sur l’île britannique de Sainte-Hélène. Ceux-ci ont ensuite regagné les États-Unis sur des vols commerciaux, sans surveillance sanitaire particulière ni véritable suivi des personnes avec lesquelles ils avaient pu être en contact. Ils se trouveraient aujourd’hui répartis entre la Californie, le Texas, la Virginie et la Géorgie. De son côté, Jay Bhattacharya a estimé que les personnes asymptomatiques ne seraient pas contagieuses et le risque d’épidémie resterait « extrêmement bas ».

Ces déclarations ont toutefois renforcé l’impression d’une réponse hésitante et confuse. Plusieurs scientifiques américains dénoncent désormais l’affaiblissement des capacités sanitaires du pays depuis le retour au pouvoir de Donald Trump et la nomination de Robert Kennedy Jr. au poste de ministre de la Santé. Au total, plus de 2 000 employés du CDC ont été licenciés ces derniers mois et plusieurs équipes mobilisées pendant la pandémie de Covid-19 ont été démantelées, comme le souligne Le Monde.

Un « événement sentinelle »

Dans ce contexte, l’épisode du Hondius agit comme un révélateur des fragilités actuelles du système sanitaire américain.

« C’est un événement sentinelle », a estimé Jeanne Marrazzo, directrice générale de la Société américaine des maladies infectieuses, auprès de l’agence Associated Press. « Et, à l’heure actuelle, je suis au regret de dire que nous ne sommes pas préparés. » Même sur Fox News, la gestion de la crise est critiquée. Comme lorsque l’infectiologue Amesh Adalja, spécialiste à l’université Johns Hopkins, a regretté lundi l’absence de réaction rapide du CDC : « L’agence aurait dû adopter une position proactive dès le début ».

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De son côté, Donald Trump assure que « les choses semblaient sous un très bon contrôle ». Robert Kennedy Jr, lui, ne s'est pas encore exprimé sur le sujet. Au-delà du sort des passagers du Hondius, l’affaire ravive désormais une inquiétude plus large : celle de la capacité des États-Unis à gérer à une future crise sanitaire majeure, alors que le pays s’apprête à accueillir dans quelques semaines la Coupe du monde de football.