Grève aux urgences de Lyon : un cri d'alarme face à la maltraitance systémique
« Ce qu’il se passe, c’est de la maltraitance faute de moyens et faute de temps », lance avec colère Thierry Malatray, infirmier aux urgences de l’hôpital Édouard Herriot à Lyon. Depuis sept jours, il est en grève, comme 90% du personnel de son service, soit plus de 160 agents mobilisés. Cette mobilisation massive survient dans un contexte de tension extrême, exacerbée par la grève des médecins généralistes et un pic épidémique en janvier dernier.
Une situation critique qui empire
Thierry Malatray décrit une dégradation alarmante des conditions de travail. « On est passé de 220 patients en vingt-quatre heures à plus de 300, mais sans effectif supplémentaire », souligne-t-il. Cette surcharge a conduit à un dépôt de « danger grave imminent » par les syndicats, inquiets des risques psychosociaux pesant sur les salariés. Pour l'infirmier, en poste depuis cinq ans, l'effectif actuel est insuffisant pour assurer une prise en charge correcte des patients.
Les conséquences sont dramatiques : « Les gens sont fatigués, épuisés, n’ont pas le sentiment du travail bien fait dans ces conditions ». Il ajoute que le personnel ne peut même plus s'occuper des besoins primaires des patients, comme les accompagner aux toilettes, les changer ou leur donner de nourriture. Les secrétaires administratives, elles aussi, sont privées de pauses déjeuner ou de passages aux toilettes.
Des choix impossibles et une souffrance généralisée
Le professionnel insiste sur la charge de travail démesurée : « Concrètement, un soignant peut se retrouver avec 20 patients en charge, alors que dans un service normal, on trouve plutôt un pour 10 ou 12 ». Cette situation force des choix cornéliens entre des patients en détresse vitale. « On se retrouve à devoir choisir entre un patient qui a besoin d’un soin parce que s’il attend une heure, il meurt, et un autre, qui souffre le martyre ».
La pression psychologique est immense. Thierry Malatray a vu des collègues arriver en pleurant pendant leur service et repartir dans le même état, rongés par un sentiment de culpabilité injustifié. Malgré la grève, les agents continuent de travailler avec l'inscription « en grève » sur leur blouse, sous peine de sanctions disciplinaires, mais assurent qu'il n'y a pas d'impact sur la patientèle.
Des revendications claires et une mobilisation qui s'étend
Les urgences réclament 50 postes supplémentaires. Après deux réunions, seulement 10,5 ont été accordés. « Ce n’est pas suffisant et ce n’est pas un caprice, c’est un appel à l’aide », affirme Raja Hachemi, secrétaire de la CGT Édouard Herriot. Elle ajoute : « Il manque 80% de ce qui a été demandé, la grève continuera jusqu’à ce que la direction comprenne l’urgence pour les urgences ».
La mobilisation s'étend : depuis mercredi matin, les urgences de l’hôpital Lyon Sud sont aussi entrées en grève pour les mêmes revendications. Nathalie Sabot, représentante de la CGT, insiste : « C’est lié à une suractivité globale dans les HCL, il faut mettre les moyens pour notre santé ». Elle s'interroge sur la priorité accordée aux hôpitaux publics par l'État.
Un rassemblement de soutien a eu lieu ce mercredi après-midi devant l'hôpital Édouard Herriot, tandis que la direction des HCL n'avait pas répondu aux sollicitations au moment de la publication.