Face au traumatisme souvent invisibilisé de la fausse couche, la psychologue clinicienne Cassandre Serazin, exerçant au CHU de Nice au sein du service de procréation médicalement assistée (PMA), plaide pour une prise en charge psychologique systématique. Selon elle, loin d'être un simple incident biologique, la fausse couche rompt brutalement une trajectoire de vie et marque la perte d'un enfant déjà projeté, laissant des empreintes psychologiques profondes.
Un impact indépendant du stade de la grossesse
Cassandre Serazin explique que les conséquences psychologiques d'une fausse couche ne sont pas liées au stade de la grossesse, mais à l'investissement affectif. « Perdre un embryon, c'est souvent perdre un projet de maternité déjà profondément ancré », souligne-t-elle. Les femmes font face à une grande solitude, une culpabilité tenace et un sentiment d'échec, dans un contexte où la pression sociale autour de la maternité reste forte. Dans le cadre de la PMA, où les pertes très précoces représentent 50 à 60 % des cas, cette douleur est amplifiée, car elle brise un espoir patiemment construit après des parcours longs et éprouvants. Une annonce brutale peut provoquer un état de sidération, évoluant vers des troubles anxio-dépressifs ou un syndrome de stress post-traumatique.
Un tabou ancré dans la société
Le silence autour de la fausse couche découle d'une minimisation sociale généralisée. On imagine souvent que si l'interruption est précoce ou médicalement explicable, la mère n'a pas eu le temps de s'attacher à l'enfant. À cela s'ajoute la « règle des trois mois » avant d'annoncer une grossesse, qui institutionnalise le secret. Les femmes cachent leur état, traversent leurs nausées dans l'ombre, et si une perte survient, elles n'osent pas verbaliser un deuil que personne n'avait vu venir. « Les femmes se retrouvent avec un immense sentiment de solitude et une forte culpabilité », ajoute la psychologue.
Signaux d'alerte à ne pas ignorer
Les signaux d'alerte psychologiques incluent l'anxiété persistante, les pensées envahissantes et les « flashbacks » liés au moment de l'annonce. Ces troubles poussent souvent les femmes vers des stratégies d'évitement : elles fuient tout ce qui leur rappelle la perte, comme le milieu médical, les bébés ou les femmes enceintes. Une vigilance particulière est nécessaire lors des dates repères, notamment l'approche du terme initialement prévu de la grossesse, qui ravive la douleur.
Un parcours de soins encore trop médicalisé
Actuellement, la prise en charge des fausses couches reste essentiellement médicale et technique. Le soutien psychologique n'est pas systématique, alors qu'il est crucial pour prévenir une installation durable des symptômes. Cassandre Serazin recommande un accompagnement psychologique d'emblée, avec des thérapies brèves comme les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ou l'EMDR (eye movement desensitization and reprocessing), qui aide le cerveau à surmonter le choc grâce à des stimulations sensorielles. Ces approches peuvent apaiser l'anxiété et atténuer le traumatisme, permettant aux femmes de se réinscrire plus sereinement dans un projet parental. En complément, les groupes de parole associatifs jouent un rôle clé en rompant l'isolement par le partage d'expériences similaires. Des associations comme Nos tout-petits (spécialisée dans le deuil périnatal) ou le Centre Innovation Santé Mentale proposent ce type de soutien.



