Le DPA en question
Le diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies (DPA), aussi appelé PGT-A, est une technique de sélection des embryons utilisée dans le cadre de la fécondation in vitro (FIV). Il consiste à analyser les chromosomes des embryons pour détecter des anomalies numériques, appelées aneuploïdies, et ne transférer que ceux considérés comme euploïdes, c'est-à-dire ayant un nombre normal de chromosomes. Cette pratique, largement répandue dans les cliniques de fertilité, promettait d'augmenter les taux de naissance vivante et de réduire les fausses couches.
Des promesses non tenues
Cependant, plusieurs études récentes remettent en cause l'efficacité du DPA. Une méta-analyse publiée dans Human Reproduction Update en 2024 a examiné les données de plus de 10 000 cycles de FIV. Les résultats montrent que le DPA n'augmente pas significativement le taux de naissance vivante par cycle par rapport à une sélection basée sur la morphologie embryonnaire seule. De plus, le DPA pourrait même réduire les chances de grossesse en éliminant des embryons mosaïques qui auraient pu s'implanter et donner naissance à un enfant en bonne santé.
Un impact limité sur les fausses couches
Le DPA a été présenté comme un moyen de réduire les fausses couches, mais les données ne confirment pas cet avantage. Une étude randomisée contrôlée menée dans plusieurs centres de FIV en Europe a montré que le taux de fausses couches était similaire entre le groupe DPA et le groupe témoin. Les chercheurs concluent que le DPA ne devrait pas être utilisé systématiquement, mais réservé à des cas spécifiques, comme les femmes d'âge avancé ou les couples ayant des antécédents de fausses couches à répétition.
Une technique coûteuse et invasive
Outre son efficacité limitée, le DPA présente des inconvénients. Il s'agit d'une procédure invasive qui nécessite une biopsie de l'embryon, ce qui peut endommager les cellules. De plus, le coût du DPA est élevé, ajoutant plusieurs milliers d'euros au coût déjà important d'un cycle de FIV. Dans un contexte de remboursement limité par les systèmes de santé, cette technique peut représenter une charge financière supplémentaire pour les couples.
Des alternatives à considérer
Face à ces résultats, certains experts recommandent de revenir à des méthodes plus simples et moins coûteuses, comme la sélection morphologique ou le transfert d'embryon unique. D'autres suggèrent d'améliorer la culture embryonnaire et les conditions de laboratoire pour augmenter les chances de succès sans recourir à la sélection génétique. Enfin, des recherches sont en cours pour développer des tests non invasifs, comme l'analyse de l'ADN libre dans le milieu de culture, qui pourraient offrir une alternative moins risquée et moins chère.
Un appel à la prudence
Les auteurs de la méta-analyse appellent à une réévaluation des pratiques cliniques. Ils estiment que les preuves actuelles ne justifient pas l'utilisation généralisée du DPA et que les patientes devraient être informées des bénéfices limités et des risques potentiels. Les sociétés savantes en fertilité commencent à revoir leurs recommandations, certaines préconisant une utilisation plus restrictive du DPA.
En conclusion, le DPA, bien que prometteur sur le papier, ne tient pas ses promesses dans la pratique. Les couples en parcours de FIV doivent être conscients que cette technique n'augmente pas forcément leurs chances de devenir parents et qu'elle peut même, dans certains cas, les réduire. Une approche plus personnalisée et moins interventionniste pourrait être la clé pour améliorer les taux de succès en FIV.



