Dermatologie : une révolution thérapeutique en marche
Dermatologie : une révolution thérapeutique en marche

Une transformation scientifique et thérapeutique profonde

Les maladies de peau touchent aujourd'hui plus de 16 millions de Français. Contrairement à certaines idées reçues, elles ne sont ni anecdotiques ni superficielles. Elles touchent l'organe le plus visible du corps, altèrent la qualité de vie, perturbent le sommeil, l'image de soi, la vie sociale, l'activité professionnelle, et peuvent, dans certains cas, engager le pronostic vital. Pourtant, elles continuent trop souvent d'être banalisées.

Or, la dermatologie vit aujourd'hui une transformation scientifique et thérapeutique profonde, sans doute l'une des plus rapides de toute la médecine. À titre d'exemple, il y a eu 52 nouvelles indications dermatologiques pour des médicaments entre 2012 et 2022, contre seulement 5 lors de la décennie précédente. Et ce n'est qu'un début !

Des progrès liés à une meilleure compréhension des mécanismes

Ces progrès sont avant tout liés à une bien meilleure compréhension des maladies inflammatoires, auto-immunes, pigmentaires, tumorales et génétiques de la peau. « Nous ne raisonnons plus seulement en termes de symptômes visibles ; nous identifions des voies immunologiques, des médiateurs moléculaires, des profils de réponse thérapeutique », explique le Pr Thierry Passeron, chef du service de dermatologie du CHU de Nice et responsable d'une équipe au Centre Méditerranéen de Médecine Moléculaire (Université Côte d'Azur, Inserm).

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Cette révolution de la connaissance a déjà des conséquences concrètes pour les patients : des traitements plus ciblés, plus efficaces, et mieux tolérés. Dans la mesure du possible, nous évitons maintenant les traitements non spécifiques, telle que la cortisone, ou les immunosuppresseurs, qui vont impacter l'ensemble de l'immunité et pouvant entraîner des effets secondaires importants. À la place, les nouvelles approches agissent plus spécifiquement sur la voie et la ou les molécules responsables de la dermatose inflammatoire.

Avancées majeures dans les cancers cutanés

Les progrès sont tout aussi majeurs dans les cancers cutanés. Dans les formes avancées, les « anciennes chimiothérapies » qui ciblaient en général toutes les cellules qui se divisent ont pour la plupart été remplacées soit par des thérapies ciblées (petites molécules agissant sur la voie mutée dans les cellules cancéreuses), soit par de l'immunothérapie qui stimule le système immunitaire pour lutter contre les cellules tumorales.

Grâce aux recherches translationnelles menées au Centre Méditerranéen de Médecine Moléculaire et au service clinique, des approches innovantes ont été développées pour les cancers et certaines dermatoses inflammatoires. Cela a donné lieu à la création de deux startups (Nikaia Pharmaceuticals et Bipper Therapeutics) actuellement en stade pré-clinique.

Le vitiligo et la pelade : symboles de la révolution

Le vitiligo (dépigmentation acquise de la peau entraînant des plaques blanches) et la pelade (perte acquise des cheveux) sont aussi des symboles forts de cette révolution. Pendant des années, trop de patients ont entendu qu'il s'agissait de « problèmes psychosomatiques » et qu'il n'existait pas de véritable traitement. « Cette époque est, je l'espère, révolue ! », déclare le Pr Passeron.

Une meilleure compréhension des mécanismes auto-immuns impliqués a conduit à l'émergence de traitements ciblés comme le ruxolitinib crème, qui ouvre une nouvelle étape dans la repigmentation des formes localisées de vitiligo. Associées à la photothérapie et à une stratégie personnalisée, ces innovations permettent d'envisager non seulement une stabilisation, mais aussi une amélioration visible, parfois majeure, de la maladie. Sur le visage, en association avec la photothérapie, plus de 80 % des patients obtiennent après un an de traitement une repigmentation d'au moins 75 % des lésions.

Pour les formes étendues ou très progressives de vitiligo, des résultats positifs viennent d'être rapportés avec un premier traitement par voie orale, l'upadacitinib. Ce traitement devrait être disponible en France dans cette indication en 2027.

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L'innovation doit atteindre les patients à temps

Ces avancées scientifiques et thérapeutiques doivent maintenant produire tous leurs effets dans la vie réelle. Car l'innovation n'a de sens que si elle atteint les patients à temps. Aujourd'hui, près d'un Français sur deux souffrant de problèmes de peau déclare avoir renoncé à consulter un dermatologue. Cela suppose un meilleur repérage des maladies de peau, un accès plus rapide aux dermatologues, une meilleure formation des professionnels de santé, une reconnaissance du poids psychologique et social de ces pathologies, et des politiques publiques à la hauteur.

Trop de patients arrivent encore tardivement aux traitements innovants, après des années d'errance, de renoncement ou de banalisation. « La bonne nouvelle est là : la science avance, vite, et elle change déjà la vie de nombreux patients. Notre responsabilité collective est désormais claire : faire connaître ces progrès, lutter contre la banalisation, soutenir la recherche, et garantir à chacun un accès équitable à ces innovations. En dermatologie, une révolution est en marche. Nous devons faire en sorte qu'elle bénéficie à tous », conclut le Pr Thierry Passeron.