Le 19 mai dernier, au CHU de Nice, Lionel, un quinquagénaire des Alpes-Maritimes souffrant d'un cancer du poumon métastatique, est devenu le deuxième patient en France à recevoir la thérapie expérimentale TILs (Tumor-Infiltrating Lymphocytes). Il a pu quitter l'hôpital le 3 juin. Cette information, tenue secrète jusqu'à présent, marque une avancée significative dans la lutte contre ce cancer.
Principe de la thérapie TILs
Le Dr Jonathan Benzaquen, oncopneumologue au CHU de Nice, pilote localement cet essai clinique international de phase II. Il explique : « Lorsqu'un cancer se développe, notre système immunitaire tente naturellement de le combattre. Des lymphocytes parviennent à infiltrer la tumeur, mais ils sont souvent trop peu nombreux ou neutralisés par le cancer. » L'objectif des TILs est de récupérer ces cellules immunitaires, de les multiplier massivement en laboratoire, puis de les réinjecter au patient pour qu'elles détruisent la tumeur.
Un processus intensif et sur mesure
Le traitement commence par une intervention chirurgicale pour prélever un fragment tumoral ou une métastase. L'échantillon est envoyé dans un laboratoire spécialisé aux États-Unis, où les lymphocytes infiltrant la tumeur sont isolés et cultivés pendant plusieurs semaines pour obtenir plusieurs milliards de cellules. Pendant ce temps, le patient subit une « lymphodéplétion » en unité protégée, une étape qui réduit temporairement certaines défenses immunitaires pour permettre aux TILs de s'installer et d'agir. Le Dr Benzaquen précise : « En raison de l'intensité du protocole, la prise en charge nécessite plusieurs semaines d'hospitalisation en unité protégée, au sein du service hautement spécialisé d'onco-hématologie. »
Critères et espoirs
Cette stratégie est réservée aux patients atteints d'un cancer du poumon métastatique dont la maladie progresse malgré les traitements standards (chimiothérapie et immunothérapie) et qui ne peuvent bénéficier de thérapies ciblées. Les candidats doivent conserver un état général suffisamment bon pour supporter ce traitement intense. Le Dr Benzaquen souligne : « Quand un patient en échec thérapeutique répond au traitement par les TILs, les effets observés peuvent être spectaculaires et se maintenir dans le temps. » Il fait preuve d'un optimisme prudent : « Les TILs sont une option solide là où les traitements conventionnels ont atteint leurs limites. »
Collaboration multidisciplinaire
Le premier patient traité par ce protocole présentait un cancer du poumon avancé initialement stabilisé sous chimio-immunothérapie, mais la maladie a évolué malgré l'immunothérapie. Le Dr Benzaquen remercie la collaboration étroite entre les équipes de pneumologie (Pr Marquette), de chirurgie thoracique (Dr Rudondy, Pr Berthet), d'hématologie (Dr Loschi, Pr Cluzeau) et d'anatomopathologie (Dr Hofman, Pr Ilié, Pr Hofman). Si l'essai confirme ses promesses, un accès précoce pourrait être envisagé pour davantage de patients.



