Infirmiers libéraux : la flambée du carburant menace l'accès aux soins à domicile
Les infirmiers libéraux assurent des soins à domicile sur des territoires parfois très étendus, en particulier dans les zones rurales. Ils subissent de plein fouet la hausse des prix du carburant, avec des conséquences potentiellement graves sur l'offre de soins pour les personnes les plus vulnérables, comme l'explique l'un d'entre eux.
Un outil de travail indispensable
Le coût à la pompe, les infirmiers libéraux le connaissent bien. La majorité des soins qu'ils pratiquent étant réalisés au domicile des patients, leur activité repose sur une mobilité indispensable. « La voiture, pour nous, est essentielle », confirme Maxime Dayre, infirmier libéral exerçant depuis une quinzaine d'années sur le secteur de Mont-de-Marsan. « C'est un espace presque équivalent à un bureau. »
Le syndicat Convergence indique qu'en zone rurale, « les infirmières et infirmiers libéraux qui parcourent 200 à 300 kilomètres par jour, voire plus, souvent en véhicule thermique, subissent de plein fouet cette explosion des coûts ». L'indemnité forfaitaire de déplacement (IFD), qui atteint péniblement 2,75 € par trajet, « ne couvre plus les frais engagés pour rouler, comme l'entretien, l'assurance ou l'amortissement du véhicule », poursuit le syndicat.
Une indemnité insuffisante
Un constat partagé par l'Union régionale de professionnels de santé (URPS) Aquitaine, qui appelle à revaloriser cette IFD à 4 euros. Pourtant, à ce jour, la profession fait partie des oubliés du plan de soutien du gouvernement « à destination des secteurs économiques les plus touchés », comme l'agriculture, la pêche ou les transports.
« Pour bien comprendre, il faut rappeler le rôle de l'infirmier libéral dans la société », explique Maxime Dayre. « Nous sommes la seule profession paramédicale qui travaille sept jours sur sept, 365 jours par an. L'essentiel de notre activité se fait à domicile, sur prescription, et la majorité des personnes qui reçoivent ces soins – parfois lourds – présentent un handicap ou une incapacité à se déplacer. »
Des choix difficiles pour les patients fragiles
Lorsque le coût du trajet dépasse la facturation du soin prescrit, le risque est que l'infirmier renonce à se déplacer. « Par exemple, pour une prise de sang payée 6 euros bruts, est-ce intéressant de se déplacer ? Il y aura des choix que nous serons amenés à faire sur le fait d'aller ou pas dans certains secteurs. »
Et si « l'infirmier a le choix de ne pas se déplacer, le patient, lui, n'a pas d'autre choix que d'avoir un infirmier. C'est lui qui se retrouve au centre de tout cela. Ma crainte, c'est que l'offre de soins diminue pour les patients. Ce sont les plus fragiles, une fois de plus, qui vont en subir les conséquences. »
Cette situation pourrait également impacter les laboratoires, obligés de trouver des solutions pour satisfaire leurs patients. Au-delà des soins, l'infirmier joue un rôle crucial de lien social avec les familles et l'entourage des patients, un aspect moins visible mais tout aussi inquiétant de cette crise.



