Canicule : Roland Pellenq dénonce l'inaction des pouvoirs publics sur l'adaptation des hôpitaux
Canicule : Pellenq dénonce l'inaction sur l'adaptation des hôpitaux

Alors que la France traverse une canicule d’une ampleur inédite, tant par son intensité que par sa durée, les établissements de santé souffrent en leurs murs de la chaleur. Patients qui peinent à récupérer dans des chambres non climatisées, soignants éreintés par des conditions de travail éprouvantes… Roland Pellenq, physicien et directeur de recherche au CNRS, élabore des cartes prédictives à partir de données météorologiques afin de mesurer les îlots de fraîcheur à l’échelle du coin de la rue. Il analyse la situation pour « le Nouvel Obs ».

Pourquoi tant d’hôpitaux et d’Ehpad en France ne peuvent faire face aux fortes températures ?

Roland Pellenq explique que leur positionnement dans le paysage urbain n’a pas été optimisé. « Avant leur construction, personne ne s’est dit : “Attention, c’est un endroit particulièrement chaud.” C’est la même chose pour d’autres infrastructures, comme les écoles. Les pouvoirs publics ne se sont pas intéressés au sujet. » Pourtant, il est prouvé que les fortes chaleurs, et notamment les nuits au-delà de 25 degrés, font augmenter le nombre d’accidents cardiaques et d’AVC. « Les autorités traitent les situations d’urgence, mais il n’y a pas de vision. Seules des mesures isolées sont prises, comme lorsque l’obligation d’avoir une pièce réfrigérée dans chaque Ehpad a été instaurée après la canicule de 2003. Mais nous viendrons à ces questionnements par nécessité. C’est un vrai sujet global qui concerne toute l’infrastructure urbaine. »

Quel rôle peuvent jouer les cartes indiquant les îlots de fraîcheur dans les villes ?

Selon le physicien, elles ont un intérêt à condition d’être pertinentes. « Certaines municipalités proposent, sur leur site internet, des cartes qui montrent les écarts de températures, mais les photos satellites infrarouges sont prises de jour, alors que les îlots de fraîcheur sont des phénomènes nocturnes. Par ailleurs, ces photos sont prises à l’échelle d’un quartier et non d’un Ehpad par exemple, ce n’est pas assez précis. Mais aucune ville n’a envie de devenir un centre de mesures, les communes n’ont ni le budget ni le personnel pour. Nous, en recherche, faisons des simulations et des prédictions de températures en se fondant à la fois sur la taille d’un bâtiment et sur son emplacement. »

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Que peut-on faire pour les bâtiments déjà sortis de terre ?

Pour le bâti existant, Roland Pellenq suggère de mettre sur les façades de la peinture réfléchissante, qui évite de stocker la chaleur. « Ce type de peinture fonctionne bien, mais n’est malheureusement pas disponible en très grande quantité. Sur les bâtiments historiques, on peut imaginer qu’elle soit de couleur transparente. » L’asphalte, qui est un important émetteur de chaleur, peut aussi être optimisé grâce à un enduit spécifique qui stabilise la température. Il faut également poser des volets extérieurs quand il n’y en a pas. Certains fabricants de matériaux de construction élaborent pour leur part du verre composé de plusieurs épaisseurs qui renvoie l’énergie solaire vers le ciel plutôt que vers le sol. « Mais même avec de nouveaux bâtiments de très bonne conception, on peut sans le vouloir favoriser des îlots de chaleur, comme cela a été le cas récemment dans un nouvel écoquartier à Strasbourg. La répartition des immeubles dans l’espace n’avait pas été bien pensée. »

Faut-il alors installer la climatisation dans tous les établissements de santé ?

Le physicien nuance : « Le principe de la climatisation est d’extraire la chaleur pour la rejeter à l’extérieur, ce qui a forcément des répercussions sur les personnes y étant exposées, notamment celles se trouvant dans la rue. » Il ajoute toutefois avoir connu bien avant cette canicule-ci des épisodes à 40 degrés à Boston où il a travaillé (Roland Pellenq a supervisé un laboratoire de recherche au Massachusetts Institute of Technology, MIT) et « heureusement qu’il y avait la climatisation partout ! »

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