Depuis le début de la vague caniculaire il y a plus d'une semaine, les hôpitaux français sont en surchauffe, confrontés à un afflux de patients souffrant de malaises, déshydratations ou hyperthermies. Comme pendant la crise du Covid, les personnels soignants sont en première ligne, et le pire est à venir, les symptômes graves pouvant apparaître plusieurs jours après un épisode de fortes chaleurs.
Mobilisation générale et plan Orsan niveau 3
Face à cette crise, le gouvernement a sonné la mobilisation générale en activant jeudi le niveau 3 du plan Orsan. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a qualifié ce niveau de « le plus élevé de mobilisation sanitaire », martelant que « l'hôpital doit tenir ». À Rennes, où les records de températures ont été explosés avec plusieurs jours au-dessus des 40 °C, le plan blanc a été déclenché dès lundi. Depuis, « la situation est très difficile », reconnaît le professeur Matthieu Revest, directeur médical de crise.
Record absolu d'appels au Samu 35
Rien que sur la journée du 25 juin, les équipes du Samu 35 ont reçu 2 908 appels, « un record absolu » avec « plus d'appels que pendant le Covid », selon le professeur Revest. Cela se ressent aussi aux urgences avec une hausse de près de 20 % des passages, se traduisant mécaniquement par un surplus d'hospitalisations, surtout chez les plus de 75 ans. « C'est d'ailleurs cela qui est le plus préoccupant, assure Matthieu Revest. Car d'ordinaire, on doit hospitaliser environ 25 % de ces personnes fragiles qui passent aux urgences mais là, on est autour des 65 %. »
Pénurie de lits et adaptation du CHU
Dans les services, les lits commencent donc à manquer, d'autant plus que « les patients hospitalisés à cause de la canicule restent plus longtemps en hospitalisation car il y a un impact durable sur l'organisme », souligne l'infectiologue. Pour faire face à cet afflux, le CHU se voit contraint de s'adapter en mobilisant toutes ses ressources. Si la situation devait empirer dans les prochains jours, des renforts pourraient être mobilisés et des opérations déprogrammées. « Mais on n'en est pas encore à ce stade », prévient le professeur.
Chaleur extrême dans les services
Sous tension, les équipes médicales subissent aussi les températures extrêmes. L'hôpital n'étant « pas entièrement climatisé », certains services sont depuis plusieurs jours de vraies bouilloires thermiques avec parfois « 35 ou 36 °C dans les chambres ». Cela pèse sur les patients mais aussi sur les soignants. « Il nous reste encore un peu de stock sur les ventilateurs et on s'est équipé de brumisateurs et de machines de glace, détaille le directeur médical de crise. Mais cela ne suffit pas car les températures ne baissent pas la nuit. »
Ingéniosité des équipes médicales
Dans cette fournaise, les équipes médicales s'organisent donc comme elles le peuvent, faisant preuve « d'ingéniosité », selon le professeur. Des couvertures de survie ont ainsi été placées sur les fenêtres du CHU car « c'est ce qui marche le mieux », bien que ce soit interdit pour éviter les risques de suicide ou de chute accidentelle. Les soignants ont aussi reçu la consigne d'ouvrir les fenêtres des chambres pour ventiler. « Et toute aide apportée par les familles est bien sûr la bienvenue », souligne Matthieu Revest, qui s'attend à vivre un week-end et un début de semaine compliqués. « C'est probable mais pas encore certain », conclut-il.



