Un camping-car orange pour la santé des femmes : l'initiative Vers elles, en santé ! à Béthune
Camping-car orange pour la santé des femmes à Béthune

Un véhicule orange vif au service de la santé féminine

Stationné au milieu du parking d'un hypermarché de Béthune, un camping-car orange vif ne passe pas inaperçu. Les clients, intrigués, s'arrêtent pour l'observer. « Bonjour, on est là pour la santé des femmes ! », annonce Audrey Bredelle à une passante curieuse. Sous un généreux soleil printanier, cette infirmière en pratique avancée, spécialisée dans les pathologies chroniques stabilisées, engage la conversation. « Je veux bien quelques renseignements », répond prudemment son interlocutrice. Quelques instants plus tard, celle-ci monte à bord de l'« Agglo Mobile » de la communauté d'agglomération Béthune-Bruay pour une première consultation.

Un espace modeste mais accueillant pour combattre l'errance médicale

L'intérieur du véhicule, bien que compact, a été intelligemment aménagé avec deux bureaux conviviaux. Dans la pièce attenante, Carine Afanasjew, médiatrice en santé des femmes, constitue un dossier pour une personne handicapée, qu'elle accompagne ensuite jusqu'à la pharmacie du centre commercial. « On fait beaucoup d'information et de prévention », souligne-t-elle. « Dans l'agglomération, on estime que 20 % des femmes environ sont en situation d'errance médicale. » C'est précisément à cette population que s'adresse le dispositif itinérant Vers elles, en santé !, lancé en mai 2024 dans le cadre de l'Engagement pour le renouveau du bassin minier (ERBM). Ce programme étatique vise, entre autres objectifs, à améliorer la santé des habitants dans cette zone des Hauts-de-France où les indicateurs sanitaires restent préoccupants comparés aux moyennes régionale et nationale.

Deux jours par semaine au plus près des besoins

Chaque semaine, durant deux journées, médiatrice santé et infirmière spécialisée installent leur cabinet roulant sur les places de villages, les marchés et autres lieux très fréquentés. Leur mission : lever, une à une, les barrières qui entravent l'accès aux droits et aux soins. « L'une des femmes que nous avons vues n'avait pas consulté de soignant depuis trente ans », se remémore Carine Afanasjew. « Leurs enfants, leur couple, leur travail : elles ont souvent d'autres priorités que leur santé. On essaie de leur retrouver un médecin si elles n'en n'ont pas, et de leur faire prendre conscience de l'importance de prendre soin de soi. »

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Des situations complexes et une approche sur mesure

Main dans la main, le duo professionnel s'efforce de trouver des solutions adaptées à chaque situation, n'hésitant pas à se déplacer au domicile d'une patiente incapable de se rendre à un rendez-vous médical. Pathologies parfois sévères et sous-diagnostiquées, cumul de difficultés sociales, isolement : les besoins sont immenses et variés. « Ces dernières années, beaucoup de personnes ont complètement décroché du parcours de santé », observe Audrey Bredelle avec une gravité palpable. « Elles sont parfois perdues, ne savent pas comment se renseigner. » Les liens tissés par les deux intervenantes avec un vaste réseau de partenaires locaux permettent d'orienter efficacement ces femmes vers les ressources appropriées. « On travaille en réseau », confirme l'infirmière. « Si un problème cardiaque est repéré pendant une auscultation, on peut réserver un créneau du bus du Cœur des femmes, par exemple. »

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Le bus du Cœur des femmes : un pionnier du dépistage itinérant

Lancé à Lille en septembre 2021, ce bus entièrement rose a été l'un des premiers en France à aller systématiquement à la rencontre des femmes en situation de vulnérabilité. Il propose des dépistages gratuits des maladies cardiovasculaires – première cause de mortalité féminine dans l'Hexagone, devant les cancers – et des pathologies gynécologiques. « Aujourd'hui, la médecine est encore trop curative et pas assez préventive », déplore Claire Mounier-Vehier, cardiologue à l'institut Cœur Poumon du CHU de Lille et initiatrice de ce projet porté par la fondation Agir pour le cœur des femmes. Pour sa tournée 2026, le bus s'arrêtera dans seize villes françaises pour des étapes de trois jours, avec l'ambition de dépister 5 000 femmes. « On s'appuie à chaque fois sur tout un écosystème de professionnels de santé du territoire qui acceptent de travailler de manière bénévole », explique la cardiologue. Elle rappelle que 40 % des Françaises n'ont pas de frottis gynécologique ni de mammographie à jour, soulignant un « problème d'accès aux soins, des pertes de chances » inquiétant.

Le Camion Nord santé : une réponse départementale ciblée

Partageant ce constat alarmant, le département du Nord a inauguré en novembre 2025 son Camion Nord santé, aux couleurs rose et bleu. Ce cabinet mobile est entièrement dédié au dépistage du cancer du sein, recommandé tous les deux ans pour les femmes âgées de 50 à 74 ans. Il circule une fois par semaine, sur deux jours, en ciblant prioritairement les zones rurales et les quartiers prioritaires de la ville (QPV). À son bord, un mammographe et un échographe permettent des examens complets. Lors de sa première tournée de deux mois, 280 femmes en ont bénéficié, après une prise de rendez-vous sur Doctolib. « Un tiers d'entre elles n'avaient pas fait de mammographie depuis plus de quatre ans », souligne Christian Poiret, président du département du Nord. Il se dit particulièrement interpellé par le fait que, pour 10 % de ces femmes, des examens complémentaires se sont avérés nécessaires. « Avec ce camion, on sauve des vies », affirme-t-il avec conviction.

Un van pour écouter les adolescents du Valenciennois

Dans le Valenciennois, un autre véhicule itinérant œuvre auprès d'un public différent mais tout aussi vulnérable : les adolescents. « Dans le van, les jeunes viennent déposer ce qu'ils veulent, sans sujet tabou », expose Éloïse Noël. Avec sa consœur Justine Filleul, éducatrice spécialisée à la Maison des adolescents (MDA) du Hainaut, elle parcourt les routes pour tendre l'oreille aux 11-25 ans, y compris dans les zones les plus enclavées. Pendant les vacances scolaires, le véhicule se gare au cœur des villages pour offrir une écoute attentive. « Dans les plus grosses villes, les gens osent davantage demander de l'aide, c'est plus facile », constate Justine Filleul. Leur passage régulier permet de créer un lien de confiance avec les habitants. « Les entretiens peuvent durer dix minutes ou une heure ; on va au rythme du jeune, des diverses difficultés qu'il peut rencontrer. » En période scolaire, le binôme intervient dans les collèges du secteur, le van discrètement garé à l'arrière des bâtiments pour recevoir les jeunes dans l'intimité. Si nécessaire, un suivi régulier est organisé à la Maison des adolescents ou une orientation vers des partenaires spécialisés est proposée. « Les établissements scolaires sont en demande », souligne Justine Filleul. « On fait carton plein à chaque fois. »

Un livre blanc pour structurer l'offre de santé régionale

Le 27 mai, veille de la journée internationale d'action pour la santé des femmes, sera publié un livre blanc consacré à cette thématique cruciale. Cette initiative émane de la chaire santé de l'université de Lille, créée il y a deux ans pour favoriser le dialogue entre les sciences sociales et la faculté de médecine. « L'Agence régionale de santé voulait un outil pour travailler à la réduction des inégalités en matière de soins », explique Charles-Antoine Wanecq, l'un des coordinateurs de la chaire. « Notre livre blanc mettra notamment l'accent sur les actions à mener pour mieux organiser l'offre dans la région, qui est considérable mais qui peine à se structurer. » Ce document stratégique vise à consolider et à coordonner les multiples initiatives, comme celles des véhicules itinérants, pour construire un écosystème de santé plus efficace et plus équitable pour toutes les femmes des Hauts-de-France.