Cadmium : le député Benoît Biteau dénonce un seuil « criminel » en France
Cadmium : Biteau dénonce un seuil « criminel »

Une proposition de loi pour abaisser le cadmium dans les engrais

Le député de Charente-Maritime et agriculteur Benoît Biteau a déposé une proposition de loi visant à réduire la teneur maximale en cadmium des engrais phosphatés. « Je suis sur le dossier depuis 2019, quand j’étais député européen », rappelle-t-il. Désormais à l’Assemblée nationale avec le groupe « Écologie et social », il poursuit son combat pour inscrire dans la loi française une baisse des taux autorisés de ce métal lourd cancérogène.

Les gisements naturels de phosphates présentent des teneurs variables en cadmium, allant de 20 mg/kg pour les engrais russes à 60 mg/kg pour les engrais marocains. « Je propose qu’on passe à 40 mg/kilo au 1er janvier 2027, puis à 20 mg au 1er janvier 2030 », explique le député. Il s’indigne qu’en 2026, la France ne soit toujours pas alignée sur la réglementation européenne fixant un seuil à 60 mg, alors que le seuil français atteint 90 mg, soit 130 % au-dessus. « C’est criminel », lance-t-il.

Un calendrier gouvernemental jugé trop lent

Benoît Biteau ne décolère pas face aux propositions du gouvernement : « un seuil à 60 mg en 2027, 40 mg en 2032, 20 mg en 2038 ». Il estime que ce calendrier est beaucoup trop long. Le 14 avril, la conférence des présidents de l’Assemblée nationale a inscrit sa proposition de loi, rédigée avec Clémentine Autin, à l’ordre du jour du 11 mai, pour la semaine transpartisane. Mais placée en septième position, elle a peu de chances d’être discutée. « Ça me scotche », s’indigne-t-il, alors que « dans un contexte où le personnel politique est pointé du doigt, ça aurait de la gueule de voter un texte quelques semaines après la dernière alerte de l’Anses ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Les recommandations sanitaires ignorées

Les agences sanitaires, dont l’Anses, préconisent depuis 2019 de ne pas dépasser 20 mg de cadmium par kilo dans les engrais. Longtemps inaccessible pour les engrais marocains, cette cible est désormais atteignable grâce aux efforts des producteurs sous l’effet de la concurrence. « Qu’est-ce qu’on attend ? » s’interroge le député, qui rappelle que « en 2019, on m’accusait d’être le fossoyeur de l’agriculture française ». À l’époque, les Marocains étaient montés au créneau, et les accords diplomatiques primaient sur la santé. La seule alternative était de s’approvisionner en Finlande ou de développer des pratiques agronomiques alternatives.

Sur son exploitation, Benoît Biteau plante des arbres « qui font remonter le phosphore nécessaire aux plantes grâce à leur système racinaire ». Il souligne que nos voisins belges, allemands, italiens et espagnols ont trouvé des solutions. En France, des bruits courent sur une hausse des prix des engrais, une pénurie d’accès, ou l’idée que le cadmium ne se trouve pas dans les céréales. Or, l’Anses a confirmé que l’alimentation représente 98 % de l’exposition au cadmium.

Un enjeu de santé publique

Le député insiste sur l’urgence d’agir face à un métal lourd cancérogène. Sa proposition de loi, bien que mal positionnée dans l’ordre du jour, vise à protéger les consommateurs et les agriculteurs. « Nos voisins ont trouvé des solutions, pourquoi pas nous ? » conclut-il, appelant à une prise de conscience collective.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale