Bilans de santé IA : la nouvelle obsession bien-être qui séduit influenceurs et entreprises
Bilans santé IA : la nouvelle obsession bien-être des influenceurs

L'âge biologique révélé par l'IA : le nouveau graal des réseaux sociaux

« Apparemment, mon âge biologique est sept ans plus jeune que mon âge réel et je l'ai découvert grâce à une prise de sang » : cette déclaration typique inonde désormais les flux Instagram de tous les passionnés de santé, de forme physique ou de bien-être. Ici, c'est une « naturopathe fonctionnelle », spécialiste de « nutrition cétogène » et de « santé métabolique » qui partage son expérience avec Lucis, une start-up française proposant des bilans biologiques enrichis d'une couche d'intelligence artificielle.

L'influenceuse explique qu'elle n'a pas réalisé ce bilan « pour chercher une maladie », mais bien pour « optimiser ma santé et comprendre mon métabolisme ». Elle n'est pas isolée dans cette démarche. Coachs sportifs ou nutritionnels, marathoniens ou athlètes « hybrides » préparant leur prochain Hyrox (le nouveau défi sportif combinant course à pied et renforcement musculaire qui connaît un succès phénoménal sur les réseaux) : tous semblent désormais jurer par les bilans de santé proposés par cette jeune entreprise innovante.

Lucis et Zoï : les start-up françaises qui révolutionnent la prévention

Fondée en janvier 2025, Lucis a levé 8,5 millions de dollars (soit 7,2 millions d'euros) à la fin de l'année dernière. Cette levée de fonds a été menée par General Catalyst, géant américain du capital-risque, avec la participation de Y Combinator (l'incubateur légendaire de la Silicon Valley), ainsi que Kima Ventures, le fonds d'investissement de l'homme d'affaires Xavier Niel. La start-up revendique aujourd'hui plusieurs milliers de clients répartis dans quatre pays différents.

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Concrètement, Lucis propose de réaliser un bilan biologique dans un laboratoire partenaire. Une équipe médicale, assistée par l'intelligence artificielle, interprète ensuite plus de 110 biomarqueurs, souvent obscurs pour les non-initiés : cholestérol, insuline, créatinine, homocystéine, DHEA, bilirubine, saturation de la transferrine, vitamine D, TSH, et bien d'autres encore.

À l'issue de cette analyse approfondie, l'utilisateur reçoit un plan d'action personnalisé avec des recommandations ciblées concernant la nutrition, l'activité physique, la supplémentation en compléments alimentaires, la santé mentale, le sommeil et même l'environnement. L'inscription coûte entre 190 euros (pour l'offre découverte) et 490 euros (pour l'offre totale) par an. Des options supplémentaires sont proposées : téléconsultation de médecine préventive (80 euros), test du microbiote intestinal (150 euros) ou encore test d'intolérances alimentaires (300 euros)... sans oublier une huile d'olive à 22 euros !

Lucis n'est pas la seule entreprise de check-up à avoir fait parler d'elle récemment. Zoï, une autre start-up française spécialisée dans les bilans de santé, a fait les gros titres en début d'année avec l'arrivée de Jérôme Salomon, l'ancien directeur général de la Santé (2018-2023), en tant que directeur médical et scientifique. Cofondée par l'ancien conseiller d'Emmanuel Macron Ismaël Emelien, Zoï compte parmi ses investisseurs Stéphane Bancel, PDG de Moderna, Jean-Claude Marian, fondateur d'Orpea, Xavier Niel, ou encore Rodolphe Saadé, le PDG de CMA CGM.

Un marché en expansion rapide et sa démocratisation

« Ces start-up sont l'écume d'un phénomène bien plus important et d'un marché des bilans de santé qui se développe à toute vitesse », analyse Alix Merle, analyste chez Xerfi et auteure d'une note sur le sujet. « En France, ce marché est aujourd'hui évalué à environ 220 millions d'euros, pour quelque 650 000 bilans effectués, et il devrait rester dynamique, avec une croissance annuelle de plus de 6 % attendue dans les prochaines années. » À l'échelle mondiale, ce marché atteint désormais 50 milliards de dollars.

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À l'origine, le marché des bilans de santé constituait une niche réservée aux stars de cinéma, aux plus aisés et aux membres de comités exécutifs. L'un des acteurs historiques est, par exemple, l'hôpital américain de Neuilly-sur-Seine. « En complément des Comités de Direction qui pouvaient le proposer à leurs top managers, les fonds d'investissement ont figuré parmi les premiers à demander des bilans de santé aux dirigeants avant d'investir », se souvient Christian Belval, directeur général d'April Entreprise, courtier en protection sociale collective.

La nouveauté réside dans la démocratisation progressive de cette offre. Le segment d'entrée de gamme (avec un tarif moyen de 400 euros) capte aujourd'hui près de 60 % du marché, selon les estimations de Xerfi. En parallèle, le haut de gamme (coût moyen d'environ 2 000 euros) progresse beaucoup moins rapidement. Les laboratoires ont développé des formules low cost, comme chez Cerballiance où un bilan « cause de fatigue » est facturé 49 euros, un bilan ménopause à 35 euros et un bilan équilibre alimentaire à 45 euros.

Les entreprises adoptent les bilans santé comme stratégie RH

Loin des velléités de jeunesse éternelle de la Silicon Valley, les entreprises ont transformé ces bilans de santé en véritable stratégie de ressources humaines. Elles sont de plus en plus nombreuses à y avoir recours, et pas seulement pour leurs dirigeants. Le groupe d'assurances Axa a, par exemple, mis en place une politique de check-up pendant la pandémie de Covid, à l'échelle mondiale. Un bilan physique est accessible pour tous les salariés de plus de 40 ans, quel que soit leur poste.

« C'est un succès : c'est la mesure RH la plus sollicitée du groupe », se félicite Karima Silvent, directrice des ressources humaines. « Pourtant, certains pensaient que cela ne fonctionnerait pas en France car nous avons déjà un bon système de santé. Mais nos bilans de santé sont organisés pour être pratiques : le bilan se déroule sur une seule journée avec un débriefing médical dans la foulée. »

Pour les entreprises, les avantages sont multiples. Dans un contexte de difficultés de recrutement, ce type de mesures permet d'améliorer la marque employeur et d'attirer les talents. « La médecine du travail manque également de ressources, toutes les entreprises cherchent à lutter contre l'absentéisme et elles sont incitées par leurs assureurs ou mutuelles », note Christian Belval. Avec le recul de l'âge de départ à la retraite, la question du maintien en emploi des seniors en bonne santé devient également cruciale.

Critiques et risques d'une médecine à deux vitesses

Ces bilans de santé sont cependant décriés par de nombreux professionnels de santé, qui soulignent la nécessité de trier le bon grain de l'ivraie. « Certains sont plus doués en marketing qu'en médecine », soupire Christian Belval. Chez April Entreprise, une sélection de prestataires proposant des bilans de santé a ainsi été établie pour aider les clients dans leur choix en fonction de critères objectifs.

Des soignants pointent également le risque d'impact indirect pour le système de santé, déjà sous tension, qui pourrait récupérer des « malades imaginaires » en cas de faux positifs. Surtout, ce foisonnement du marché des bilans de santé renforce l'idée que la prévention constituerait le Graal de notre système de santé, ce qui n'est pas si évident.

« La prévention est appelée aujourd'hui, parfois de façon un peu incantatoire, au secours du système de santé mis en difficulté par des déficits structurels », estime Paul Dourgnon, économiste de la santé à l'IRDES. « L'impact de la prévention sur la dépense de soins n'est pas homogène. Il varie selon le type de prévention, la gravité et la distribution des problèmes de santé dans la population. »

L'une des principales critiques adressées à ces nouveaux check-up est de renforcer une médecine à deux vitesses, accessible principalement aux personnes disposant de revenus élevés, d'un bon niveau d'éducation ou d'une capacité à manipuler ces outils complexes. La fontaine de jouvence 2.0, portée par l'intelligence artificielle, ne pourra peut-être pas couler pour tout le monde, creusant ainsi les inégalités d'accès à une santé optimisée.