Une technologie naturelle pour traiter les eaux usées
La start-up montpelliéraine Greenphage va expérimenter cet été l'utilisation de bactériophages pour éliminer la bactérie Escherichia coli dans les stations d'épuration de Bagnols-sur-Cèze et du village du Pin, dans le Gard. Cette technologie, déjà employée en Bretagne, est une première dans le sud de la France.
Les bactériophages sont des virus naturels qui s'attaquent spécifiquement aux bactéries. Ils sont les prédateurs naturels d'E. coli, une bactérie pathogène courante dans les eaux usées. Contrairement aux virus pathogènes, ils ne peuvent pas infecter les humains. Pascal Peny, ingénieur en biologie chez Greenphage, explique : “Les bactériophages sont des entités organiques de la classe des virus, les plus abondantes sur Terre, plus nombreuses que les bactéries. On en a sur la peau, dans l'intestin… Ils ne peuvent pas nous infecter.”
Un test grandeur nature dans le Gard rhodanien
L'expérimentation est menée dans le cadre du programme d'accélération CleanTech vallée. Greenphage, qui emploie six microbiologistes et ingénieurs, fournira des bidons hyperconcentrés en bactériophages deux fois par semaine : un litre pour la petite station du Pin (dimensionnée pour 700 habitants) et dix litres pour celle de Bagnols-sur-Cèze (qui traite les eaux de 30 000 habitants). Le traitement est simple : il suffit de verser le contenu dans les bassins, et une réaction biologique se produit en quelques heures.
Cette solution est particulièrement utile en période estivale, lors des pics d'affluence touristique, des orages ou des sécheresses. Les eaux traitées sont rejetées dans la Cèze et la Tave, des cours d'eau à l'étiage très bas en été, d'où un enjeu écologique fort.
Pourquoi cibler E. coli ?
Escherichia coli est la bactérie pathogène la plus abondante dans les eaux usées et présente un risque infectieux important. Certaines souches peuvent provoquer des intoxications alimentaires mortelles, comme dans l'Aisne fin juin où une adolescente est décédée. De plus, E. coli est un vecteur majeur d'antibiorésistance. Les bactéries résistantes aux antibiotiques peuvent transmettre cette résistance à d'autres espèces via les eaux usées.
Une redécouverte des bactériophages face à l'antibiorésistance
Face à l'inefficacité croissante des antibiotiques, les bactériophages connaissent un regain d'intérêt. Pascal Peny souligne : “On redécouvre les bactériophages car les antibiotiques sont moins efficaces et il y a des impasses thérapeutiques. Les bactériophages complètent l'action des antibiotiques.”
Greenphage travaille également sur des applications en santé humaine, notamment pour les cystites (dont 90 % sont dues à E. coli) et les pieds diabétiques. La start-up a déjà commercialisé deux produits : un pour le traitement des eaux usées et un pour lutter contre les bactéries affectant les melons.
Une technologie française centenaire
La phagothérapie a été inventée par le microbiologiste français Félix d'Hérelle au début du XXe siècle, avant la découverte des antibiotiques. En 1923, il a cofondé l'Institut Eliava à Tbilissi (Géorgie), aujourd'hui premier centre mondial de phagothérapie. Alors que les antibiotiques ont dominé en Occident après la Seconde Guerre mondiale, les pays de l'Est ont continué à utiliser les bactériophages. Aujourd'hui, cette approche naturelle revient en force pour répondre aux défis de l'antibiorésistance.



