Une découverte majeure réalisée par des scientifiques de Sophia Antipolis pourrait révolutionner la compréhension des premiers mécanismes de la maladie d'Alzheimer et ouvrir la voie à de nouveaux traitements. L'équipe dirigée par Hélène Marie, directrice de recherches à l'Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire (IPMC/CNRS/INSERM/Université Côte d'Azur) à Valbonne, a mis en évidence le rôle clé d'un petit fragment de protéine nommé AETA.
Un régulateur essentiel des synapses
Publiée dans la revue Acta Neuropathologica, cette avancée est le fruit de plus de dix années de recherche. En 2015, Hélène Marie avait cosigné dans Nature la découverte initiale de l'AETA, un peptide biologiquement actif issu de la protéine APP. En 2024, son équipe a franchi une nouvelle étape dans Neuron en démontrant sa fonction naturelle dans le cerveau sain : l'AETA régule l'activité des synapses, évitant la « surchauffe » des circuits neuronaux.
Des taux anormalement élevés chez les patients
Les chercheurs ont analysé des tissus cérébraux post-mortem provenant de banques à Paris et Amsterdam, comparant 23 cerveaux sains à 38 cerveaux de patients atteints d'Alzheimer. Résultat : chez les malades, l'AETA est très nettement augmenté dans l'hippocampe et le cortex préfrontal, deux régions impliquées dans la mémoire et les fonctions cognitives. Des expériences sur des souris transgéniques ont montré que cette surexpression entraîne une diminution des épines dendritiques et un dysfonctionnement des récepteurs NMDA, essentiels à l'apprentissage et à la mémoire.
Une vulnérabilité accrue chez les femelles
L'étude révèle également des différences marquées selon le sexe, pouvant expliquer pourquoi les femmes représentent près des deux tiers des patients. Chez les souris femelles, l'excès d'AETA provoque des déficits de mémoire, une altération des gènes synaptiques et une prolifération des cellules immunitaires du cerveau, anomalies absentes chez les mâles.
Vers de nouvelles stratégies thérapeutiques
Les traitements actuels ciblent principalement les symptômes ou des mécanismes tardifs. La piste de l'AETA vise à protéger les synapses dès les premières étapes du processus pathologique, avant la mort irréversible des neurones. « La maladie d'Alzheimer commence par des dysfonctionnements synaptiques discrets des années avant les pertes de mémoire. C'est à ce stade précoce que les interventions ont le plus de chances d'être efficaces », souligne Hélène Marie.
Diagnostic précoce et molécules « pièges »
L'objectif à court terme est double : développer des outils diagnostiques hyperprécis pour détecter l'AETA dans le sang ou le liquide céphalorachidien, et concevoir des molécules capables de piéger le peptide ou de réduire son activité, sans le supprimer totalement car il conserve une fonction utile à faible dose. Cette découverte, née dans un laboratoire azuréen, offre une lueur d'espoir concrète pour les millions de personnes touchées par la maladie d'Alzheimer dans le monde.



