À Alès, dans le Gard, des gendarmes, policiers, pompiers et victimes de terrorisme venus de toute la France participent cette semaine à un stage de reconstruction unique. Pendant six jours, ils suivent un parcours mêlant médiation animale, ateliers sensoriels et reconstruction collective, avec pour objectif de retrouver une place dans la société.
Un stage pour les blessés invisibles
Devant des ruches posées sur les hauteurs d’Alès, les regards se fixent, les gestes ralentissent et les respirations se calent sur le bourdonnement des abeilles. Depuis dimanche, la capitale des Cévennes accueille gendarmes, policiers, soignants ou victimes liées au terrorisme venus de toute la France pour un stage de six jours. Tous arrivent avec une même blessure invisible : celle du traumatisme psychique née de l’engagement et de l’exposition prolongée à des situations extrêmes.
Derrière cette initiative portée par l’association alésienne Les Sentinelles de la Nation, le Dr Gérard Chaput, ancien médecin-colonel de gendarmerie, accompagne depuis près de dix ans des femmes et des hommes « cassés par le service ». « Ils ne viennent pas ici pour parler de leur trauma. Ils viennent voir comment ils peuvent à nouveau servir », résume-t-il. Le mot qui donne son nom à ce stage, « Serviam », signifie « je servirai ». Tout l’enjeu est là : permettre à ces blessés de retrouver une utilité, parfois dans une autre vie. « On va chercher la pépite qui est encore en eux », insiste le médecin militaire.
Une approche familiale et sensorielle
Ici, pas d’approche institutionnelle. Les participants venus de Strasbourg, Nantes, Paris ou Saint-Gilles vivent dans deux gîtes proches d’Alès, dans un cadre volontairement familial. Après un suivi psychiatrique et psychologique, le stage propose une reconstruction par l’expérience et les sensations. Chaque matin, le bénévole David Pincemaille, ancien chasseur alpin devenu coach sportif à Alès après sa propre blessure, anime les réveils musculaires. « Ils sont verrouillés dans leur corps. On les accompagne pour réapprendre des mouvements simples et reprendre possession d’eux-mêmes », explique-t-il. « Je suis un ancien blessé aussi. C’était il y a un peu plus de quinze ans. Je n’ai pas bénéficié d’accompagnement, et ça manque cruellement en France. Quand Gérard m’a parlé de ce projet, je n’ai pas réfléchi. C’était une évidence de participer. »
Le programme comprend ateliers de chant, d’écriture, de marche orientée, le travail de l’argile à Anduze ou encore de la médiation équine en Camargue. Mais l’atelier abeilles, qui se tenait ce jeudi 7 mai, reste le cœur symbolique du stage. « L’abeille, c’est à peu près la même chose que la sentinelle. Elle passe par toutes les étapes. Elle sert le collectif jusqu’au bout », décrit le Dr Chaput. Dans cette organisation minutieuse, les stagiaires peuvent reconnaître quelque chose de leur propre parcours : la tension constante, le risque, la cohésion indispensable. « Aucune abeille n’agit seule. C’est pareil chez les militaires, les soignants ou les policiers », glisse le médecin.
Des résultats concrets
Au fil des jours, les blessures restent là, mais les regards changent. Au fil du suivi, certains reprennent des études, d’autres retrouvent un emploi. Le Dr Chaput évoque ce militaire retrouvé un jour au bord du suicide, devenu aujourd’hui responsable d’une chaîne de distribution, ou cet ancien blessé qui travaille désormais chez Hermès après avoir découvert la maroquinerie durant son accompagnement. À Alès, Serviam ne fait pas de promesses, il offre simplement de réapprendre doucement à habiter le monde.



