Trois cents scientifiques, chercheurs et anciens ministres de la santé signent une tribune portée par l’Institut Pasteur à l’occasion de la semaine européenne de la vaccination. Intitulée « Huit vies par seconde », cette publication sonne comme un cri d’alarme dans le contexte de la montée du mouvement antivaccinal outre-Atlantique, galvanisé par le ministre de la santé américain Robert Kennedy Junior, fer de lance de cet obscurantisme des temps modernes.
Un contexte de défiance croissante
Ce vent de scepticisme soufflé par l’administration Trump est toutefois contrecarré par des forces d’opposition. Ainsi, la réforme du calendrier vaccinal, allégé en janvier dernier de 17 à 11 maladies visées, a été provisoirement suspendue le 16 mars par un juge fédéral au motif que la décision n’est pas assez étayée scientifiquement. Le programme Make America Healthy part du postulat que les maladies chroniques de l’enfant, l’autisme, les troubles de l’attention ou les maladies auto-immunes seraient dues aux vaccins et à la surmédicalisation.
Les racines françaises de la défiance
Le poison du doute est-il contagieux ? C’est la crainte des scientifiques. Les Français n’ont toutefois pas besoin des Américains pour devenir vaccino-sceptiques. Dès les années 1990, la polémique autour du vaccin contre l’hépatite B a éveillé la défiance, qui s’est musclée en 2009 avec la controverse autour du vaccin contre la grippe H1N1. Avec le Covid-19 et sa gestion chaotique, la rupture est consommée : la vaccination quitte le champ médical pour devenir un sujet, voire un objet politique. En refusant la piqûre, les antivax ne visent pas tant les médecins que le gouvernement et ses agences sanitaires, concluent les chercheurs de l’Ined et de l’Inserm. Une façon de rompre le contrat social.
Des conséquences sanitaires alarmantes
Résultat ? La couverture vaccinale dégringole, la rougeole et les infections à méningocoques font leur retour, le vaccin contre le papillomavirus peine à convaincre alors qu’il promet, à terme, d’éradiquer le cancer de l’utérus. Voilà tout le paradoxe des avancées de la science : ses succès sont silencieux. « La prévention n’a pas de visage, pas de nom, pas de récit, juste des chiffres, l’immensité de ce qui n’est pas arrivé : au moins 150 millions de vies sauvées au cours des 50 dernières années », détaille la tribune. Un silence et une absence de larmes qui ne doivent pas être couverts par la cacophonie des opinions et le fracas de la désinformation. Celui qui parle le plus fort n’a pas fatalement raison. Il a surtout l’art de parler à ceux qui ne sont plus écoutés. Il n’y a pas encore de vaccin contre la crise de foi.



