Les écolieux, ces communautés d’habitants qui s’intègrent parfois difficilement dans les campagnes. La Montpelliéraine Ewa Chuecos est géographe à l’Université de Lyon 2 et travaille sur les écolieux. Les engagés de la ruralité, Hérault, Montpellier. Publié le 21/09/2025 à 15:01, mis à jour le 23/04/2026 à 11:38. Article rédigé par Edith Lefranc Midi Libre.
Géographe, Ewa Chuecos travaille sur les écolieux et leurs relations avec le territoire où ces communautés s’installent.
Votre thèse de géographie porte sur l’intégration dans les territoires des éco-lieux. Comment définit-on un éco-lieu ?
C’est une communauté intentionnelle, d’une vingtaine de personnes en général, qui décident de mutualiser leur espace de vie pour avoir un impact environnemental limité, et avec la volonté de développer des activités. Soit de néo-paysans, soit d’artisanat, ou bien d’hébergement touristique… En France, la coopérative Oasis est l’un des acteurs importants, qui propose un accompagnement voire un financement de nombreux écolieux, dont 300 sont déjà en activité. Pour 95 % d’entre eux en ruralité. Mon étude porte sur trois écolieux, l’un en Ariège, dans un ancien moulin réhabilité, l’un en Charente, l’autre dans le Loir-et-Cher.
Ces communautés de nouveaux habitants sont-elles bien intégrées dans leur environnement ?
Cela ne se fait pas sans tension. En général il s’agit d’urbains qui quittent la ville pour une autre vie, et cela apparaît comme un déclassement social. La question de l’habitat léger, quand il y a des yourtes ou des caravanes, est associée dans l’imaginaire aux gens du voyage et génère une méfiance des habitants ou au mieux de l’indifférence. Le mode de vie alternatif va parfois de pair avec l’instruction à domicile pour les enfants, ce qui contrarie des communes où la survie de l’école tient à quelques écoliers… Encore un point de friction possible. En revanche, quand les personnes ont la volonté de s’intégrer, sans s’imposer, partagent avec les habitants, y compris dans des relations informelles, en se rendant des services, en ayant un vrai ancrage local, ça fonctionne beaucoup mieux.
Le regard des urbains
Ces nouveaux modes de vie en ruralité représentent-ils des alternatives durables ?
J’avoue être un peu plus dubitative que je ne l’étais en démarrant ma thèse il y a trois ans ! La première vague remonte à ce qu’ont inventé les post-soixante-huitards, ce n’est pas récent. Les projets accompagnés aujourd’hui par des structures comme Oasis sont beaucoup plus cadrés. Mais on voit parfois une dérive, avec la personne fondatrice, qui devient la personne-ressource et tout finit par tourner autour d’elle… C’est pourquoi la Miviludes (1) met en garde. On peut très vite se retrouver à vivre en vase clos, dans une petite enclave de gens assez privilégiés, sans voir les habitants autour de soi… Il faut toujours se garder de ce que la journaliste Emma Conquet appelle l’urban gaze (NDLR un prisme urbain), le regard des urbains qui vont romantiser la campagne ou pensent sauver la ruralité.
Vous appartenez au mouvement du Post-Urbain, de quoi s’agit-il ?
Ce mouvement regroupe des universitaires et des chercheurs et réfléchit à une alternative à la fuite en avant des métropoles et des activités toujours plus polluantes alors que les communautés rurales sont porteuses de pratiques d’économie et de subsistance qui leur permettent une certaine autonomie. Le thème de ces rencontres des 20 et 21 septembre est "les communautés villageoises, une chance pour le XXIe siècle ?". Naturellement, cela se déroule… dans un village, dans le Haut Berry. Nous échangerons sur la ruralité et partagerons des expériences. Mais pas en se revendiquant en experts justement.
(1) Miviludes : mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.
Sur le même sujet "Les modestes économes", ou les débrouilles rurales : ces habitants des campagnes qui vivent de peu. LES ENGAGES DE LA RURALITE. "Si on ne se bouge pas ici, il n'y a rien !", à Bonnevaux, les Paniers rapprochent les habitants.



